A moins de faire partie de la petite famille des explorateurs maladifs des égouts de la novelty music (ou d'être vous même Jonny Trunk), il y a mathématiquement peu de chance que vous ayez déjà entendu parler de ce disque.
Sorti en loucedé au milieu de l'année 1980, ce disque enregistré "entre l'asile et le dancefloor" par un ancien Marine dont le reste de la discographie ne laisse pas augurer de grand chose de grandiose (quoique), ce disque franchement dément a au moins traumatisé un autre cratedigger de renom en la personne de Josh Davis alias DJ Shadow qui a vanté quelques fois l'odyssée disco qui lui donne son titre comme un classique de "hairy forearm disco".
On agréé à 98% pour l'étiquette, à laquelle on rajoutera seulement quelques poils de moustache: sur la pochette, Bob Chance est rasé de près mais de la bassline jusqu'à la mélodie (une grosse, grosse pompe de la b.o. de Midnight Express), "It's Broken!" déborde de facial hair tombés de la bonne bouille de Moroder. A l'instar du Veliero de Battisti, le morceau a été découpé, redécoupé et re-redécoupé des dizaine de fois par quelques gamins plus ou moins inspirés dont les remixes n'arrivent bien entendu pas à la cheville de l'original, et a déjà été réédité en 45 tours par Emotional Rescue.
Moins ouvertement disco, le reste de l'album que réédite Trunk a l'air beaucoup moins bien, mais on se trompe peut-être.
Bob Chance: It's Broken!
Un classique du cratedigging qui doit tout au lithium et à Moroder.
The Walkmen: Heaven
Olivier Lamm
Grand déballage d'affection sincère ou petit bijou sarcastique, le premier clip qui nous tombe du nouveau Walkmen joue à fond la carte "les hipsters sont des types sympas" et on ne sait pas trop s'il faut rire ou leur envoyer des peluches enduites d'anthrax par la poste.
Comme dans le générique d'Amicalement Vôtre, on y voit Hamilton Leithauser et ses gars de l'enfance tout court (sur polaroid à gros grain) à l'enfance de l'art (sur photomatons chaleureux) à y goûter le bonheur de la musique du coeur et la félicité des chemises bien repassées, des séances d'hilarité en répét' jusqu'à ce moment d'accomplissement suprême qu'est la rencontre entre le public et la progéniture adorable des membres du groupe enfin arrivés à la lisière de la quarantaine responsable.
Le Prince Harry : It's getting Worse
Clément Mathon
Gros vent de cold chez nos amis belges avec ce nouveau disque "sain comme un week-end à Fukushima", dixit la bio.
Il est signé Le Prince Harry, s'appelle It's Getting Worse, et célèbre la troisième saleté phonographique de Teenage Menopause, label toxique comme un mouton italien, assurant la liaison Liège/Paris aux côtés de Catholic Spray et de Jack Of Heart, avec comme tronc commun un amour sans limite pour les musiques franches du collier.
Pas étonnant que Le Prince Harry en tienne les comptes côté belge avec leur synthése post-punk / cold, bien évidemment affublée de cette voix caractéristique, un tantinet clicheton, posture de TOUS les fanatiques du genre, mais bien heuresement bardées de synthés à la limite d'une autre chapelle, celles des musiques électroniques. Franch'ment, bien.
Guido Möbius: Godhead Appears
Olivier Lamm
Le vrai freak underground allemand, celui qui survit loin des cabinets d'achitecture et du Berghain, est trop méconnu. Trop bricolo, trop provincial, trop allemand peut-être, ce vivier vivace de mecs attifés en kway/birkenstock 350 jours par an pond ses merveilles sans faire de vagues pendant que le reste du monde n'a d'yeux que pour les ancêtres Kraut ou les soldats de la minimal. Bien sûr, il y a toujours le long et lent succès d'estime de Mouse on Mars, qui ont trouvé leur petit équilibre commercial en bourrinant dans les festivals. Mais en dépit de leurs efforts prosélytes via Sonig, la forêt qui vivote toujours derrière sur les catalogues Staubgold, A-Musik, Karaoke Kalk, Monika Entreprise ou Bureau B peine à faire valoir ce qu'elle est: la seule vraie héritière des communautés intoxiquées