Cela fait exactement vingt ans que Raster-Noton rêve de futur en explosant ses propres carcans

Retour sur l’histoire du label expérimental teuton, qui sort le 17 mars un livre et une compile d’anniversaire.

16.03.2017, par

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Dans une interview récente pour Resident Advisor, Frank Bretschneider, né en 1956, raconte comment il a été marqué durant son enfance par les premières images d’astronautes et de cosmonautes qu’il a vues à la télévision. “L’ère était à fond dans la technologie, se souvient- il. J’étais passionné par la science-fiction. Leur bandes-originales étaient alors très simples. On y entendait des sons électroniques ténus, comme des ondes sinusoïdales."

Cet engouement d’époque pour les sonorités venues de l’espace sera l’élément détonateur de l’amitié entre Bretschneider, aussi connu sous son alias cosmique Komet, et ses futurs compagnons de label Olaf Bender (Byetone) et Carsten Nicolai (Alva Noto).

Karl-Marx- Stadt underground

Lors de leur jeunesse dans les années 80, les trois se côtoient de loin dans le milieu artistique de la petite ville de RDA Karl-Marx-Stadt, aujourd’hui Chemnitz. Dans cette situation d’isolement géographique, ils ont un accès restreint à la musique venue du bloc capitaliste. Mais paradoxalement, la pénurie exalte le désir et la solidarité. La nuit, les mélomanes captent quelques émissions radios de l’Ouest qu’ils enregistrent sur cassettes. Le jour, ils se rejoignent dans des cercles d’écoute privés pour écouter des vinyles chinés par les uns et les autres lors de voyages en Hongrie : Can, Brian Eno, ou encore Laurie Anderson.

Pourtant, cela ne veut pas dire que la bourgade recèle une scène musicale souterraine. À vrai dire, le seul groupe de la région est l’expérimental AG Geige, dans lequel officient Frank et Olaf eux-mêmes. Ils l’ignorent encore, mais la chute du Mur s’apprête à désagréger ce microcosme bohème. La formation, qui ne jouit plus du monopole, met fin à ses activités.

La techno connaît alors un engouement populaire inouï sur le territoire allemand. Tant et si bien qu’elle a souvent été dépeinte comme la bande-son de la réunification. Un genre éminemment politique, donc ? Pour Nicolai, loin s’en faut. Dans Resident Advisor, il explique que l’attrait de cette musique sans parole sur les Ossis résidait, au contraire, dans son absence de discours. Ceux auxquels on avait rabroué les oreilles avec un brouhaha idéologique ininterrompu sous le régime socialiste avaient dès lors horreur du blabla : “C’était une libération pour nous. Que l’art ne puisse pas être récupéré à des fins de propagande. Qu’il n’ait aucun sens, que ce soit drôle ou non, politique ou non, ou bien qu’il s’agisse simplement d’une chanson d’amour. Nous voulions de la musique qui soit juste de la musique.

Plus de blabla

Né dans ce contexte de rejet de la narration et du réel, Raster-Noton Archiv für Ton und Nichtton s’est imposé durant ses premières années d’existence comme un label de référence en matière de musique électronique pointue en creusant un sillon follement formaliste et minimaliste. Ayant bien digéré la part dite progressiste de la musique électronique, Frank, Carsten et Olaf s’intéressent moins à la club music encore trop fonctionnelle, suspendue à l’impératif de faire danser, qu’à la charpente intellectualisée de la techno et de l’electronica qui s’est développée un peu partout en Europe au cours de la décennie : l’IDM de Sheffield, le glitch de la bande de Mille Plateaux et la minimale bruitistes des mecs de Säkhö.

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Sans roster fixe, la maison de disques teutonne sort les disques de ses trois instigateurs comme d’une flopée de francs-tireurs issus de labels aux vues similaires. Son nom laborieux, qu’on peut traduire par “les archives Raster-Noton pour le sonore et le non sonore”, retranscrit néanmoins bien sa philosophie. Un raster est l’interstice entre deux pixels. Noton peut se lire “no ton”, qui signifie “pas de son” en allemand, ou “not on”, l’expression anglaise se passant de traduction. Le manque, les trouées et les silences importent autant que la présence.

Et de fait, le son Raster-Noton cultive l’art de la disparition. On y trouve des rythmiques ascétiques, de légères oscillations électriques et des blips erratiques, qui demandent une attention accrue pour que se mette à saillir une profusion de détails et de textures sous la désolation de surface. Carsten Nicolai et Ryoji Ikeda, figures de proues du label, ont poussé cette logique d’érosion jusqu’à incorporer dans certains de leur travaux des fréquences inaudibles par l’homme, qui ne s’éprouvent que par leur éclipse.

Mathématiques ésotériques

Évanouissante et dépersonnalisante, cette musique peut donner l’impression qu’elle a été produite par les machines elles-mêmes, qui auraient acquis le sens du groove - le critique Mark Fisher a dit avec malice qu’elle dessinait “une histoire alternative du monde ou le funk et le hip-hop auraient été inventés par une intelligence artificielle dans l’ancienne Allemagne de l’Est”. Fasciné par la beauté ésotérique des mathématiques, Alva Noto génère des algorithmes maisons défectueux qui finissent par créer du désordre au sein de l’ordre, processus qu’il perçoit comme une métaphore de l’évolution et comme une intrusion de la magie à l’intérieur du rationnel.

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Ode aux nouvelles possibilités esthétiques (infinies) qu’offre l’ordinateur à bout de souris et de clavier, la galaxie Raster-Noton embrasse l’esthétique digitale sur le plan musical aussi bien que plastique. Designers de profession, les despotiques tauliers de la maison contrôlent chaque aspect de la fabrication matérielle des disques, des artworks géométriques des pochettes aux matériaux utilisés pour l’impression - au point, paraît-il, de se faire haïr de certains artistes.

Leur projet le plus ambitieux à ce jour reste sans doute 20’ to 2000, une série réalisée en 1999 où douze artistes expérimentaux, parmis les plus fameux du moment, ont dû réaliser chacun un album de vingt minutes pensé comme un manifeste de la musique du millénaire à venir. Rangés dans des pochettes translucides colorées au stylisme épuré, les CDs ont été acheté par le MoMa à New-York et le Centre Pompidou à Paris.

Exit formalisme, futurisme optimiste et minimalisme Muji

Seulement aujourd’hui, après dix-sept ans de crise économique, de catastrophe écologique et de récession sociale, le futurisme optimiste des 90’s, dont l’esthétique digitale léchée de Raster-Noton représente un avatar éclatant, semble n’être plus qu’un lointain souvenir. L’Est et l’Ouest ont grandi ensemble, et le sentiment euphorique de la fin de l’Histoire s’est mué en angoisse diffuse face à l’emprise globale d’un néolibéralisme dont on peine à imaginer comment on pourra un jour s’en dépêtrer. Si les structures osseuses de 20’ to 2000 sonnent encore cool et edgy, elles apparaissent comme vidées de leur moelle utopiste - une capsule temporelle d’un temps insouciant révolu.

Heureusement, n’en déplaise aux puristes, le label a commencé depuis le mitan des années 00 à réinjecter des couleurs dans ses joues décharnées et à prendre de plus en plus la tangente d’une image dans laquelle il s’était un peu enfermé : abstraction dévitalisante, minimalisme Muji et esprit de sérieux rasoir.

Ses sorties depuis se font tour à tour plus chamarrées (les explosions chromatiques des sonar poems de Dasha Rush), plus physiques (le très musclé Death of A Typographer de Byetone) et plus engagées sur le plan social (l’univers dystopique du Cory Arcane de Kangding Ray). Avec Test Patterns, Ikeda se frotte au côté obscur du calcul algorithmique en élaborant une transcription sonore du flux de data qui canalisent notre vie digitale (dans RA toujours, Bender compare le pillage permanent de nos données personnelles sur les Internets à l’omniprésence de la Stasi en RDA). Le troisième volume de la série Xerrox d’Alva Noto, travail sur la reproduction mécanique où celui-ci copie et recopie des samples atomisés jusqu’à ce que ceux-ci n’aient plus qu’une relation distante avec les originaux (comme s’ils étaient passés au filtre d’une vieille photocopieuse), a une tonalité sensible et élégiaque, à laquelle il ne nous avait pas habitué.

Les albums merveilleux d’Atom ™ en particulier en font voir de toutes les couleurs à la notion si douteuse de progrès en musique. Aussi facétieuses que mélancoliques, ses relectures kraftwerkiennes des Lieder de Schubert et de la pop hégémonique mondiale exsudent l’anxiété de la post-modernité en même temps qu’elles affirment la liberté (voire la nécessité) de s’ouvrir à l’horizon du passé pour chercher du neuf. Voilà comment Raster-Noton est resté, après vingt ans de bons et loyaux services, l’un des dispensaires expérimentaux les plus sûrs pour de jeunes oreilles élevées à la musique fabriquée sur laptop, mais toujours avides d’étonnement.

Raster-Noton sort ce 17 mars un livre et une compile d’anniversaire, plus d’infos ici.

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Commentaires
1
17.03.2017 par driving directions :
Thanks for sharing! http://drivingdirections2017.blogspot.com/
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En 2014, la mort de DJ Rashad semble avoir donné des vertiges et paralysé les artificiers du footwork à Chicago. Depuis cette période, on a vu le genre relégué au rang de petite chose confortable, ne voulant surtout pas s'écarter des sentiers battus de ses propres samples et pas de danse à l'arythmie désormais tristement codifiée - ce qui est paradoxal lorsqu'on voit que c'est un genre qui mise à l'origine avant tout sur la progression et l'exploration de formes et de territoires inconnus.  

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Fermez les yeux, c'est comme si vous étiez. Los Angeles, années 80, des guitares fleuries piquées chez les Byrds, des pop songs arrogantes qui fleurent bon l'héro (et le Velvet Underground) et un chanteur qui donne l'impression de se foutre de votre gueule tout en remettant une mèche de cheveux sales en place : Bootchy Temple reconvoque tout l'imaginaire réuni sous la micro niche Paisley Underground depuis Bordeaux.

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Il l'avait promis, juré, craché, Ghettoville sorti en 2014 devait être le dernier projet de Darren Cunningham sous son pseudonyme d'Actress. Et puis en fait non. Vraie ambition artistique, impossibilité de se défaire d'un aka qui l'a dépassé (tous les organisateurs des soirées dans lesquelles Levantis était booké distillaient plus ou moins discrétement les mails "et n'hésitez pas à préciser que c'est Actress, hein"), pas envie de lâcher la barre au moment où la scène qu'il a plus ou moins enfantée prend de plus en plus d'essor ?

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