Rangez tout. Chris Cohen sort un disque solo à la rentrée. Si vous ne savez pas qui c'est, estimez-vous heureux: la découverte en bloc de tous les trucs qu'il a sortis avec The Curtains, Cryptacize et Deerhoof devrait, sinon vous rendre heureux, vous redonner foi en l'indie rock américain des années 2000, tout pourri rabougri qu'il est par les violoncelles, U2, les sketches qui parlent de Pitchfork et les disques, films et séries avec Zooey Deschanel dedans.
Et ne vous fiez pas au volume sonore de ses disques ou au grain légèrement fluet de sa voix. Emergé de la scène dada arty spazzy math truc vers le début des années 2000 (dont certains bouts, on l'avoue, pourront paraître à certains un peu relous), le Californien a écrit en enregistré quelques-unes des chansons les plus dingues et les plus éblouissantes de ces dernières années. Il en a chanté quelques-unes lui-même, mais il a laissé la primeur des plus belles à Nedelle Torrisi, charmant brin de voix (et très très joli minois) qu'il s'est depuis fait piquer par ce gros batard de Sufjan Stevens.
Après un laïus qu'on imagine rempli de chaudes larmes et de soirées en caleçon devant internet, Chris Cohen revient à la rentrée sur Captured Tracks avec son premier disque sous son nom. Croyez moi ou pas, mais il existe des gens sur cette planète pour qui il s'agit du plus bel événement musical depuis que 2012 a commencé.
La moitié de feu Swayzak en mode lexomil, c'est beaucoup mieux que ça en a l'air. Ecoute exclusive.
26.06.2012, Olivier Lamm
Jusque là, l'histoire de Swayzak ressemblait à une sorte de longue et lente déliquescence depuis l'amour de l'art jusqu'aux toilettes du Showcase. Débarqué en plein tsunami progressive avec peu ou prou le premier album de minimal house allemande enregistré par des Anglais (Snowboarding in Argentina, qui a ses ardents défenseurs sur discogs), le duo faisait le bonheur des petits rats de chez Hardwax et ambitionnait d'abord de tutoyer Chain Reaction ou Perlon sur leur propre terrain, un je-ne-sais-quoi d'aquosité typiquement britannique en plus dans les rouages. Puis il y eut l'electropop, l'electroclash, l'envie de pépettes et Dirty Dancing, un album affreux qui plongea David Brown et James S. Taylor dans une piscine de champagne mais signa leur arrêt de mort dans les milieux autorisés. Si on doit être complètement honnête, c'est ce Swayzak là dont on a entendu parler en premier, si bien qu'on a vite fait de les enfermer à clé dans le tiroir "rien à foutre" du grenier. Et puis on a reçu S_W_Z_K, on s'est précipité pour l'écouter parce qu'il y avait écrit "Tresor" sur la photocopie et les Dieux de Groove nous sont témoins, on est quasi tombés amoureux.
Les Siestes Electroniques lancent leur revue, ça parle de pop mais c'est pas pareil. Publi-information.
25.06.2012, Olivier Lamm
Il n'aura échappé à aucun amateur de nappes à carreaux et de nappes de Juno que les Siestes électroniques, "manifestation de niche et de coeur" ancrée dans la Cité des violettes, reprenait du service à la fin de la semaine et que la prog de l'année était particulièrement goutue et audacieuse. Côté nerdy techno, c'est du tout émo ou du renouveau très inspiré (Luke Abbott, Kassem Mosse, Elektro Guzzi, John Talabot, Morphosis) et côté nerdy pas-techno, la simple présence de Matthew Friedberger, grande moitié des grands Fiery Furnaces qui vit secrètement chez nous depuis une petite année, suffit à rendre le Festival dans son ensemble plus classe et désirable que 75% des autres festivals en activité. Aussi, il y a la déclinaison parisienne du festival, organisé sous la houlette et sous les auvents du musée du Quai Branly, et dont le plus bel événement sera sans doute la création sculptée à même le fond audiovisuel du musée de l'inclassable bostonien Keith Fullerton Whitman. Mais trève d'agenda, on veut surtout vous parler de la sortie en librairies du premier numéro d'Audimat, revue critique et théorique sur la pop music que le Festival finance et édite en lieu et place du sempiternel programme de festival.
Trois Allemands font une synthèse pas mauvaise du kraut et du psyché.
25.06.2012, Marie Hamoneau
Camera, ce sont trois jeunes Berlinois qui se sont fait une spécialité : la "Guerilla Krautrock". Leur truc à eux, c'est d'exhumer le son des productions allemandes des 70's façon Cluster, Neu!, Can et consorts, et de jouer dans des endroits aussi improbables que sur les quais du U-Bahn à quatre heures du matin, dans des toilettes publiques, des squats (dont le mythique Tacheles), ou encore dans des évènements très officiels comme le très prestigieux festival international du film de Berlin, avant que les flics ne viennent les déloger. Ils en sont tellement fiers qu'ils exhibent leur impressionnante liste de concerts comme un trophée sur leur Myspace.
En fait, ces trois Teutons n'en avaient rien à faire de sortir un disque. C'est Bureau B (Cluster, Faust, Hans-Joachim Roedelius), ré-éditeur maniaque de boulettes motoriques, qui a dû les pousser pour qu'ils franchissent la porte du studio et enregistrent un premier album entièrement instrumental, "Radiate!". Ce disque, qui sortira début août, est une snthèse mignonne des expérimentations kraut de leurs concitoyens et des plages psychédéliques texanes à la Black Angels. Ils se sont même fait repérer par les légendes vivantes Michael Rother (Neu!, Harmonia) et Dieter Moebius (Cluster, Harmonia) pour jouer en première partie de leurs concerts. On vous met un titre en écoute, et des petits extraits pour patienter jusqu'à août.