Laisse Aquaserge Être

Rencontre avec le supergroupe prog progressif français à l'occasion de la sortie de son nouvel album.

09.02.2017, par

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Supergroupe pop-progressif, orchestre de jazz, chanson de protestation ou "en opposition", le groupe-nébuleuse toulousain fondé en 2005 sort son 5e album, Laisse ça être, au titre en forme de manifeste autonomiste ou blague francophile (Let it be = Laisse ça être), album surtout de danses-musiques, et de musiques-mondes, d’ici et de partout ailleurs. Composé de Manon Glibert (clarinettes), Audrey Ginestet (basse), les batteurs Julien Chamla et/ou Julien Barbagallo, Julien Gasc (claviers & chant) et Benjamin Glibert (guitare), parfois augmenté d'une section cuivres dans sa mutation orchestrale, Aquaserge a peu à peu développé son maillage souterrain en jouant avec Tame Impala, Stereolab, Melody's Echo Chamber, Aksak Maboul, Acid Mothers Temple, Bertrand Burgalat, Damo Suzuki, etc. - et en intégrant une soixantaine d'artistes (ou non-artistes) de passage pour quelques jours ou des années, sur disque et sur scène.

Avec Laisse ça être, l'idée originelle d'Aquaserge était de produire une musique de danse, des slows ou des morceaux uptempo, telle qu'on la pratique dans les bals populaires. Le contexte global du monde en a fait un disque de danse (de zombie, de résilience), groovy, progressif et serein, mariant musiques "savantes" et "populaires", dadaïsme et contraintes oulipiennes (oumupiennes ?), chansons-slogans et/ou messages résistants. Ci-dessous, discussion façon associations libres, marabout-bout de ficelles (comme dans leurs chansons), décousue mais cousue tout de même de ce fil rouge, ou blanc, qu’est la ronde ou le tour du monde, toujours magique et mystérieux, du meilleur groupe de rock français au monde.

Le titre de l’album, Laisse ça être est certes une référence au Let it be des Beatles, mais c’est surtout le dernier titre, "Les yeux fermés" qui m’a fait penser à cette idée de la physique quantique, selon laquelle lorsqu’on n’observe pas un phénomène, on lui laisse toutes les possibilités d’existence. Fermer les yeux c’est laisser ça être, en un sens...

Audrey Ginestet : Oui, il y a un peu de ça quand on chante : "Je garde un œil ouvert quand j’ai les yeux fermés / je garde un œil fermé quand j’ai les yeux ouverts".
Julien Gasc : C’était surtout une référence à cet oiseau qui a la moitié du corps qui dort et l’autre moitié qui reste éveillée, qui regarde s’il n’y a pas un rapace qui va lui sauter dessus… C’était une idée de Benjamin.
Benjamin Glibert : Après, il y a toujours plusieurs lectures possibles. C’est ça qui nous fait marrer. Très littéralement, c’est une référence à Let it be des Beatles, parce qu’on s’est retrouvé en studio à vouloir enregistrer un peu comme ça s’était passé pour les Beatles à l’époque, avec des caméras partout, parce qu’il y avait un film qui se tournait en même temps. Un ami réalisateur a voulu nous filmer pendant l’enregistrement, avec l’idée de filmer la musique en train de se créer. On ne partait de rien, on voulait composer tous ensemble en studio, et que ce soit filmé. Donc il y avait une équipe de tournage en permanence, qui faisait partie du process. Il y avait aussi une idée politique derrière ce titre, puisque la pochette, à la base, devait montrer une fille qui balance un pavé. C’était un peu : "Laisse la révolution être"…
Audrey : La pochette désormais n’a plus trop de lien avec l’idée de départ. Comme plein de trucs. La pochette de Guerre EP était une référence au film de Rivette, Paris nous appartient, quand on voit Godard draguer une fille avec un journal. On voulait que le mot "Guerre" apparaisse dans la photo, et qu’on lui accole "EP", ce qui faisait aussi un jeu de mot [Guerre EP = Guerre et Paix - NDR]. Du coup, après cette pochette, on a proposé à une amie artiste, Maïa Flore, de faire la pochette avec cette référence d’une fille en train de lancer un pavé, dans les années 60, pour continuer dans la même veine. Mais elle n’était pas trop dans le trip politique, et elle est partie complètement ailleurs.
Julien : Oui, on a eu des photos où elle était en lévitation au-dessus de l’eau, où elle se met en scène sur des lacs en Scandinavie...

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Audrey 
: On l’a laissé faire ce qu’elle voulait finalement. Ce qu’on voulait surtout montrer, avec la pochette, c’est qu’il y a quelque chose qui résiste. Et finalement, cette image d’une fille qui est couchée, mais qu’on a tournée verticalement, c’est un peu comme une résistance à la gravité. Et c’est bien qu’il y ait une femme sur la pochette. On avait d’abord demandé une image à une copine, Catherine Hershey, qui en général fait une seule proposition par projet, et elle nous a envoyé une image hyper féminine, pour le coup, avec des femmes nues, dans des bains…
Julien : … et deux montagnes dans le fond comme des grands nichons !
Audrey : C’était vraiment super, mais un peu trop éloigné du disque quand même…
Julien : Pour revenir sur Laisse ça être, on a parfois du mal, avec Aquaserge, à se laisser être. On est tout le temps en train de se juger les uns les autres, c’est pénible. C’est toujours une manière de contrôler l’autre. Dans Aquaserge, il y a un jeu de chaises musicales, chacun prend un peu la place de chef d’orchestre à un moment, et on arrive pas toujours à dire ce qu’on veut aux autres, ou ce qu’on pense, donc ça n’a pas été un album où on a tant laissé les choses être que ça, parce qu’il y a toujours un contrôle, un jugement des autres sur ce que fait celui qui est au pupitre. On a joué live, on a essayé de laisser ça être, mais il y a encore du boulot !
Benjamin : Oui, c’est aussi un combat qu’on essaie de mener entre nous, un devenir...
Audrey : Moi je suis moins technicienne que les autres, qui peuvent écrire très vite, qui ont la fièvre du studio, un peu en mode prog’, avec une musique qui avance par paliers, et des structures difficiles à maîtriser. Et du coup, j’ai un peu tapé du poing en disant que je voulais plus faire partie du processus de fabrication, que ce soit moins écrit à l’avance, mais plus joué. Et donc, il a fallu plus s’adapter les uns aux autres, et jouer ensemble avant d’enregistrer.
Benjamin : Du coup, au lieu d’être trois, on s’est souvent retrouvés à huit ou neuf à jouer ensemble, avec les cuivres. Plus l’équipe de tournage, on était une dizaine. Plus les gamins ! On répétait en enregistrant, on faisant les arrangements de cuivres en même temps, tout sur le tas, sur le pouce.

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Est-ce que la chanson "C’est pas tout mais" documente un peu ça, avec Eddy Crampes qui semble improviser au milieu des musiciens ?

Benjamin : On voulait refaire une collaboration avec Eddy Crampes, mais on ne savait pas trop comment, et Julien avait une petite mélodie sur son téléphone, mais on avait aucune rythmique derrière. On a demandé à Eddy d’improviser, de faire le mec qui débarque dans le studio, qui ne sait pas trop ce qui se passe. Mais finalement, on a vachement retravaillé et édité le truc, à partir des impros.
Audrey : On l’a intégré au processus de création : il se baladait avec son micro entre nous, pendant qu’on jouait. Il nous parlait.

Ce titre m’a fait penser à "The fin du monde" de Sound Force, le groupe de Gaya Bécaud (fils de Gilbert !), qui improvise sur un plateau TV un discours complétement décousu annonçant la fin du monde.

Julien : Ah, on ne connait pas. Mais moi ça me fait penser à cette chanson de Chêne Noir qui commence en disant : "Il y a cent millions d’années nous étions des dinosaures…" et qui, chaque début de couplet, se rapproche du moment présent : "Il y a cinquante millions d’années…, il y a un million d’années", etc.

J’aime bien ce côté ludique dans vos compositions, et cyclique aussi. Comme sur cette chanson, "Tintin, on est bien mon Loulou" où vous utilisez la "dorica castra", "Je croyais m’en sortir comme ça / ça me grattait derrière la tête / tête de mule qu’elle m’a dit…", etc., chaque début de phrase reprenant la fin de la phrase précédente, comme dans la comptine Trois p’tits chats.

Julien : On a gratté des dizaines de pages pour ce texte, directement en studio, sans trop réfléchir. C’est vraiment de l’écriture automatique pour le coup.
Audrey : Parfois, on se dit : "Demain matin, on fait les paroles de la chanson", et donc ça se fait dans l’urgence comme ça, sous forme de jeux.
Benjamin : On écrit les paroles ensemble, donc effectivement, comme on ne va pas spontanément vers les mêmes choses, on fait ça sous forme de jeux, de contraintes un peu absurdes, ou oulipiennes.

Le fait que l’album se présente comme un disque de danses, ça faisait partie de cette même volonté de poser des contraintes ?

Benjamin : Oui, pour une fois, c’était une décision prise à l’avance. On voulait faire un disque de musiques dansantes, mais à notre manière.
Audrey : Ca partait aussi d’une discussion avec Burgalat, qui disait que ce serait bien de faire un disque de danse où la batterie ne tomberait pas sur tous les temps.
Julien Gasc : Il l’a un peu fait d’ailleurs, sur RSVP, un album de danse, mais très disco finalement, en 4/4, pour le coup.
Benjamin : On voulait faire un disque de musiques dansantes, mais à notre manière, imaginer ou trouver un rythme, un groove, qui tourne mais qui soit aussi un peu bancal, boiteux.



Du coup, il y a des influences africaines, brésiliennes…

Julien Gasc : … et sud-américaines, de la valse, du tango, on a même essayé de faire de la cumbia. On explorait déjà ça sur le Guerre EP, de manière un peu plus voyante peut-être. Pour "Charme d’orient" on a fait un bœuf sur plusieurs rythmes avant que ça devienne une sorte de tango. Sur "Virage Sud", on a pas mal cherché avant de finir sur ces sortes d’ensembles de drones polyphoniques, plus rock.

Il y a une dramatisation particulière sur "Virage Sud", qui est à la fois tournoyant, mais aussi un peu pompier, évoquant un stade de foot. Vous jouez sur la polysémie, là ?

Benjamin : Oui, c’était un peu la blague, comme un hymne de stade. C’est un truc que Julien avait enregistré sur son téléphone aussi.
Audrey : Oui, chacun enregistre des petits bouts, souvent sur son téléphone, et on se les fait écouter. Ça peut être le point de départ d’une chanson, ou d’une partie. On entend presque au final ce que chacun a apporté.

Enregistrer des mélodies sur son téléphone, ça me semble assez pertinent quand on veut écrire des chansons dansantes. La musique nait aussi du mouvement, de la marche, non ?

Audrey : Oui, moi j’ai même des idées dans ma bagnole, en roulant.
Julien : Moi j’avais écrit ma chanson "Infoutu de" en marchant dans la campagne, en rentrant vers ma maison. Mais je n’avais pas de téléphone, j’ai dû la retenir.
Audrey : C’est Werner Herzog aussi qui raconte qu’il écrit ses films dans sa tête, en mouvement, en marchant. Il y a ce livre, Sur le chemin des glaces, où il raconte le voyage qu’il a fait à pied, en hiver, de Munich à Paris, pour rejoindre son amie critique, Lotte Eisner, qui est malade.

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Pour revenir sur l’idée de faire un disque dansant, comment est venue cette idée, cette contrainte ?

Audrey : On sortait de pas mal de concerts, et on avait apprécié de développer notre écriture en live. Donc, on voulait intégrer ça au processus de composition et d’enregistrement. Après, on voulait faire danser les gens, mais effectivement sur des rythmes un peu bancals, ou asymétriques, je dirais.
Julien : On voulait aussi rentrer dans une nouvelle dimension de notre musique. C’a toujours été "radio coup-dans-le-genou", Aquaserge, de toute façon. C’est Jackie Berroyer qui m’avait dit ça. Quand il passait de la musique progressive sur France Culture, il disait : "Ici radio coup-dans-le-genou !"
Audrey : Ce qui est bien, c’est que ça marche. Les chansons ont un vrai potentiel de danse, de transe, beaucoup plus que si on les avait enregistrées par petits bouts sur un ordinateur.
Benjamin : Ce n’est pas évident, c’est un challenge de faire danser les gens. Mais les structures sont beaucoup plus simples sur cet album que ce qu’on a pu faire auparavant. En général, il y a deux parties qu’on enchaine, AB-AB. Du coup, il y a un mouvement plus ample, qui peut embarquer les gens.
Audrey : On avait le fantasme de bosser avec des danseurs, d’inventer des pas de danse pour les chansons. Mais on ne l’a pas fait, ça prend du temps. Et puis il y a vachement de règles selon les danses. Sur "Si loin, si proche" par exemple, on voulait faire danser un couple de valseurs pour le clip, mais en fait on s’est rendu compte que cette chanson était plus une java qu’une valse (rires).
Benjamin : Du coup, j’ai cherché des javas ou des équivalents de javas, au niveau des tempos, pour voir si on pouvait les faire danser quand même. Mais je ne trouvais rien qui correspondait, sinon "La Javanaise" de Gainsbourg, qui était ce qu’il y avait de plus proche...
Audrey : On y revient sans cesse… Mais du coup, en faisant écouter la chanson à des danseurs professionnels, ils nous ont dit que les pas de danse ne fonctionnaient pas avec la chanson. On avait pas fait ça dans les règles.
Julien : De toute façon, on se place toujours différemment dans la chanson. Sur "Si loin si proche", on s’est rendu compte en répétant que le placement de chacun était tellement autonome, que personne n’entendait le premier temps au même moment. (rires) C’est une blague !
Benjamin : Oui, il y a deux décompositions des mesures qui peuvent faire deux rythmes différents, mais en plus de ça, il y a des compositions des cerveaux dans la pièce qui fait que chacun entend une chose différente !
Audrey : Mais c’est ce qui donne de la vie et du mouvement aussi à notre musique.

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En même temps, est-ce qu’il y a une intention affirmée d’aller vers les musiques populaires, vers les musiques identifiables, reconnaissables ?

Benjamin : Oui c’est la ligne qu’on essaie malgré tout de maintenir depuis le début : ce mélange entre ce qu’on appelle le savant et le populaire. On veut faire tenir tout ça ensemble : le chant, le jazz, la mélodie, l’expérimentation. C’est la même question que se posaient Soft Machine et Robert Wyatt, et à laquelle ils n’ont pas réussi à répondre, puisqu’ils se sont finalement séparés. Comment faire les deux, à la fois une musique dans laquelle les gens peuvent rentrer, et en même temps une musique recherchée, exigeante, il n’est pas dit que ce soit possible. Le piège du prog’, du jazz, ou de la musique expérimentale, c’est de fermer la porte. Ça devient un "entre soi", une musique d’initiés…
Audrey : Avec l’expérience de la scène aussi, on a évolué, du chant choral des premiers albums avec des accords et des harmonies hyper complexes, au chant lead de Julien pour À l’amitié, qui ne passait pas très bien, avec son chant très doux, à la Wyatt, tout seul devant. Du coup, là, on s’est dit qu’on allait soit chanter tous ensemble des choses très simples, soit préférer une sorte de parlé-chanté. Mais le chant a été de plus en plus considéré avec la musique, et c’est sans doute ce qui donne un côté un peu plus populaire à notre musique.
Julien : Oui, on fait plein d’erreurs. Notre vie est un enchaînement d’erreurs. (rires) On se plante dans les potions et puis on arrive quand même à avoir un résultat.

Cependant, vous jouez régulièrement avec d’autres groupes. Est-ce que ça nous a pas rendu meilleurs musiciens, plus rompus aux contraintes ?

Benjamin : Ce n’est pas toujours un problème de capacité technique, mais on compose souvent les musiques en studio et après, il faut les adapter en live. Et parfois, c’est infaisable. Donc, là, on a commencé par le live, et c’est plus jouable.
Audrey : On a vu un film sur la reformation, pendant un festival, Rock in opposition de Art Bears, le groupe de Dagmar Krause, Chris Cutler et Fred Frith, après Henry Cow, et ça ressemblait un peu à Aquaserge, avec des structures complexes, et on voyait Dagmar Krause, cette chanteuse hyper confirmée, hyper forte, qui utilisait un clavier sur scène pour se donner les notes qu’elle allait devoir chanter. Même si elle une grande technicité et qu’ils jouent une musique bien plus savante que la nôtre, on ne veut pas devoir faire ce genre de trucs sur scène, mais être un peu plus libres, plus cool.

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Julien :
J’ai rencontré Dagmar Krause un jour et elle m’a dit : "Si tu veux, on peut déjeuner ensemble, mais je ne vais pas pouvoir te parler, parce qu’on sort de trois jours de répétitions, et je dois préserver ma voix". Alors on a mangé, je la regardais dans le blanc des yeux, sans rien dire. Et puis, il y a notre batteur allemand, Olve Strelow qui l’a vu, qui s’est précipité vers elle : "Oh Dagmar, je t’adore, j’aime tellement ce que tu fais !" Et elle était obligée de lui parler, mais ça se voyait que ça la saoulait. Ca relève quasiment de la névrose pour certains…
Benjamin : C’est vrai, mais lorsqu’on fait des trucs très techniques, très compliqués, c’est normal aussi de préserver son instrument, il faut être chaud, répéter avant de jouer.
Audrey : Nous on est plus punk, c’est vrai.
Benjamin : Oui, mais on est pas toujours d’accord à ce sujet dans Aquaserge. Il y a un frottement entre nous, entre l’exigence, et le…
Julien : … "let’s go !" (rires)

Encore à propos de cette tentative de rencontre entre le "savant" et le "populaire", vous citez souvent des références hors du champ de la musique, comme Lamartine dans "L’ire est au rendez-vous" ou Walter Benjamin dans "Les oiseaux", mais ce n’est jamais trop explicite, et complètement intégré aux chansons… Vous êtes donc un groupe lettré ?

Audrey : Pour "L’ire est au rendez-vous", on s’est retrouvés chez Julien, qui avait une idée très précise de ce qu’il voulait faire, mais les gens mettent du temps à comprendre. L’idée était que les paroles soient codées, qu’elles soient écrites en code, comme les messages des résistants, de "Radio Londres". Donc on a fait "à la manière de", en écrivant un texte politique, un peu au ras de pâquerettes, et en le traduisant en langage crypté.
Julien : Ainsi "le peuple vaincu" devient "les fleurs qui tombent mollement"...
Benjamin : Ça correspondait aussi à l’époque à des choses très simples : lorsque les résistants entendaient telle phrase à la radio, ils savaient ce qu’ils devaient faire, c’était le message déclencheur d’une action précise.
Audrey : Et le premier message des résistants pendant la guerre c’était "L’hire est au rendez-vous", qu’on a changé en "ire", la colère. La chanson est un mélange de poésie, de Lamartine ("Je suis d’un pas rieur le sentier solitaire"), de jeux de mots, de plein de trucs, à partir d’un message politique assez simple en fait.

Et pour "Les oiseaux", comme est venue cette référence à l’ "angelus novus" de Walter Benjamin, cet ange de l’histoire qui est poussé par le vent du progrès vers le futur auquel il tourne le dos, tandis qu’il contemple les ruines du passé ?

Benjamin : On a fait les paroles de cette reprise de Christophe Chassol à deux, à partir d’une boucle vidéo. Il y avait deux oiseaux qui se parlaient à tour de rôle, et Julien a fait toutes les questions et moi je répondais. Et comme je lisais les thèses de Benjamin Sur le concept d’Histoire, j’en ai cité des phrases. C’était un peu un hasard, mais ce passage sur l’ange de l’Histoire s’intégrait très bien à la chanson.

Julien : Chassol me disait que cette chanson "Birds" lui rappelait son enfance en Martinique. Il disait qu’il y avait un merle dans un arbre qui le réveillait tous les matins depuis sa fenêtre ouverte, et qu’il lui jetait des cailloux.

Audrey : Moi ça me rappelle Uccellacci e uccellini de Pasolini, avec ce corbeau philosophe, marxiste, qui finit par être mangé par les deux héros, fatigués de son bavardage… 



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