Le label Invisible City Editions va dénicher ses perles discoïdes aux quatre coins du globe tout en échappant à l'écueil exotisant de la world music

Dernière merveille en date : la soca music psychédélique et languide de Oluko Imo.

20.04.2017, par

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"Une réfraction de styles" : c'est ainsi que Brandon Hocura et Gary Abugan, les deux instigateurs canadiens de la maison Invisible City Editions, parlent dans le long portrait que leur a consacré Juno Download en 2014 de leur label, créé en 2012 dans le but non seulement de rééditer des joyaux oubliés des quatre coins du globe, mais également de "converser avec notre rapport au passé", de mettre en exergue les contextes d'émergence des disques qu'ils sortent, mais aussi (et surtout) d'épancher leur grosse soif de gros geeks.

À l'image de pas mal de maisons de disques de réédition ayant peu ou prou suivi la trace des vestiges d'Internet et d'ailleurs (on pense souvent aux mêmes ici, mais il en existe bien sûr tant d'autres), Invisible City Editions a rapidement choisi de se retreindre non pas sur un espace géographique ni une temporalité donnés, mais d'élargir le spectre de la découverte aux envies et aux obsessions du moment. Qu'elles soient post reggae, proto calypso, kwaito ou disco inferno, leurs ressorties évitent l'écueil exotisant de la musique du monde et donnent plus volontiers dans la ferveur de l'instant, ce qui peut paraître paradoxal de prime abord mais permet en fait surtout de mettre en avant l'urgence qui a entouré la production de ces joyaux. 



On vous parlait il y a quelque temps du psychédélisme malingre de l'Hindouiste Kissoon Ramasar et de son amour filial déclamé à plein poumons. Mais le label a aussi exposé les feux d'artifice de la disco italienne de Beppe Loda, le jazz rock trinidadien de Michael Boothman, la house kwaito post Apartheid de Joannesburg d'Eddie Magwaza ou encore la disco trinidadienne de Stephen Encinas. Toujours dans le souci de retranscrire le contexte culturel, social et politique dans lequel les œuvres ont été créées, le label permet ainsi, non seulement de nous repaitre indéfiniment de bonne musique mais aussi de réparer des injustices à une échelle relative - "Disco Illusion" d'Eddie Magwaza aurait pu (dû?) être un hit énorme s'il avait connu une véritable première parution en bonne et due forme. Et à ceux qui dénonceraient une hipstérie galopante, s'oppose non pas un travail historiographique et didactique (ça ne reste que des fans de musique) de la part du label, mais au moins, n'ayons pas peur des mots, une ouverture au monde et une curiosité qui dépassent le simple seuil de la geekerie fétichiste - laquelle est on le sait, toujours désespérément apolitique. 

Dernier miracle en date : sortie (une fois n'est pas coutume) de derrière les fagots, la soca music iconoclaste du dénommé Oluko Imo trouve aujourd'hui son chemin dans nos tuyaux, après avoir bénéficié d'un culte pendant plusieurs décennies. Débarqué à New York à la fin des années 70 en provenance de Trinité et Tobago, Oluko Imo était alors fort d'un bagage de leader du groupe de fusion Black Truth Rhythm Band, qui puisait aussi bien dans la musique africaine et y injectait ses propres accents de soca music (transfuge du calypso caribéen), sans se départir d'un goût pour le funk et la soul occidentaux. 

En 1979, le musicien se prend de plein fouet et cette fois-ci pour de vrai, les décharges électriques de la ville, et plus particulièrement la fièvre discoïde de l'époque. Il y a du Loose Joints dans ce "Praise Jah", morceau en écoute ci-dessous et sorti la même année que les envolées déhanchées d'Arthur Russell. Et si le morceau est si enivrant, c'est qu'il possède une fièvre spirituelle tout autant qu'une montée de sève lascive décuplée par ses cuivres et cordes étourdissants. 

Réfraction de styles ici encore plus que partout ailleurs, serait-on tenté d'ajouter, tant ce "Praise Jah" explose en mille tropes tout en évitant malicieusement les récifs du crossover et du
patchwork - Oluko Imo poussant à l'époque la facétie et la fascination pour la musique d'Afrique de l'Ouest jusqu'à se faire lui-même passer pour africain. À l'image de bon nombre de sorties du catalogue, ce délicieux petit disque se dérobe de ses propres carcans, choisit de se jouer des distinctions assignées, et préfère se jeter à corps perdu dans une mosaïque électronique et désinhibée. Mais peut-être plus encore que les autres, c'est celui qui qui nous dit le plus ce que représente un label comme Invisible City Editions aujourd'hui : à savoir un merveilleux réceptacle de psychédélisme languide, sans cartographie attribuée, si ce n'est celle que l'on choisit de se créer et d'explorer en posant déjà un disque comme celui-ci sur nos platines. 



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Contrairement à une idée très répandue, le centre spatial le plus actif des Etats-Unis ne se trouve pas à Houston mais à Philadelphie. C'est dans cette ville de la côte Est qu'avait élu domicile le jazzman intergalactique Sun Ra, c'est aussi là que sont basés deux de ses héritiers les plus remarquables : le vétéran hip-hop / house / soul de science-fiction King Britt et l'activiste Moor Mother.

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Il fallait bien un moment que les producteurs de chambre s'emparent du revival new age qu'on nous vend un peu partout depuis maintenant quelques années. Comme tout objet culturel est aujourd'hui une niche, et donc une hype en puissance qui ne demande qu'à s'éclore, le genre suscité autrefois voué aux gémonies et abonné dans l'imaginaire collectif (tout du moins en surface) aux séances de tai-chi et aux légumes vapeur se retrouve aujourd'hui réinvesti et transformé en un objet de séduction par de jeunes gens qui savent probablement à peine qui est Vangelis - ce qui n'est pas un souci en soi.

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