Les soirées Champ Libre, ces repaires de fieffés nyctalopes, ont désormais leur propre label

Et on n'est toujours pas prêt d'y trouver de la lumière.

05.04.2017, par

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December, résident du lieu. 

Je me rappelle avoir lu quelque part une interview de Surgeon dans laquelle il rappelait que la fonction purement divertissante de la musique était un phénomène somme toute assez récent. Par cela, il entendait sûrement renouer, comme pas mal de producteurs techno le font aujourd'hui, avec la dimension de transe, de ferveur, de fête de la musique, au sens ritualiste et non consumériste du terme.

C'est un peu cet esprit que tentent d'incarner les gars de Champ Libre, tout en voulant retrouver l'idée du lieu de fête comme refuge communautaire et non comme foire du trône kétaminée. Je ne sais pas si vous êtes déjà allés à leurs soirées, mais on n'y va pas vraiment pour se faire voir ou pour se murger la gueule comme des sagouins en afterwork. Le lieu n'est pas connu publiquement, on ne peut s'y rendre que sur invitation, les règles d'entrée sont assez strictes. Une fois à l'intérieur cependant, l'impression qui prédomine est celle, rassurante, que l'on ne s'est pas uniquement retrouvé là dans le but de se faire vider les poches au bar, ni qu'un videur peut nous tomber dessus à tout moment à bras raccourcis. C'est le genre de soirée où il n'est pas possible de prendre de photos, tant le lieu tient à rester secret, mais aussi le genre de celle où effectivement, on s'y sent un peu plus libre qu'ailleurs, où l'escapism n'est pas un terme galvaudé, où l'impression de se retrouver en territoire fermé n'est pas excluante, mais agit par repli protecteur contre le monde extérieur.  

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Dit comme ça, on croirait à une orgie de type Eyes Wide Shut, mais rassurez-vous, on est tout de même plus près de la grosse bamboche de sale gosse que de la société décisionnaire guindée à la Bilderbergs. Seulement, aujourd'hui, alors qu'on a très souvent le choix à Paris entre un gros gloubi-boulga sponsorisé par une agence de com' et la possibilité de voir apparaître à tout moment un ancien ministre de la Culture pendant que tu te la colles à la fraiche sur une péniche (soit en gros, entre une commercialisation à outrance et une institutionnalisation castratrice de la club culture), on est en droit de se demander comment réinjecter un peu de danger, de gourmandise et de mauvais esprit dans nos popotins et nos esgourdes engourdis. 

C'est un luxe de se poser ces questions-là, bien sûr, surtout lorsqu'on pense dans quel état se trouvait Paris il y a encore quelques années : mais Champ Libre tente d'y répondre honnêtement, par le biais d'une semi-clandestinité donc, mais également par des proposés artistiques transversaux, hardis et effrontés. On le sait, la techno expérimentale, le drone et la noise music sont devenus en quelques années à Paris les terrains d'expression favoris de ceux qui souhaitent échapper aux écueils confortables et prévisibles de la musique de danse - et comme chacun sait, cette dernière n'est jamais meilleure que lorsqu'elle est transgressive. 

Champ Libre ajoute pour ce faire aujourd'hui une corde à son arc (les autres tiennent aussi bien du graphisme, de la vidéo, de l'installation que de l'illustration) en publiant le premier maxi de son label fraichement monté, le bien nommé Champ Libre Records. Monolithe noir à la Stroboscopic Artefacts, raideur monastique et sérieux papal dans la mise et dans le son, l'esthétique ecclésiastique-païenne de Genèse reste dans le même ton que leurs soirées. Les artistes du label présents sur cette première mini-compilation sont résidents du lieu, se connaissent, collaborent régulièrement ensemble. Cela crée ainsi, comme l'un des co-responsables du projet nous l'a confié récemment, "une petite entreprise familiale", à l'écart des turpitudes extérieures tout en se les réappropriant en tant qu'objets de célébration. Une sanctuarisation tout autant qu'une libération de la fête, en somme. 



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Commentaires
4
05.04.2017 par melanchon :
Un modèle pour 6e République .
05.04.2017 par Bobo :
"au sens ritualiste et non consumériste du terme." Ahah faut voir tout ce qu'ils consomment pour leurs fameux rituels ;)
05.04.2017 par Amon :
amour et eau fraiche.
17.04.2017 par La peine :
Je vous saigme tous !
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Commençons par un portrait chinois. Le héros de Kelly Lee Owens s'appelle Arthur Russell, auquel est dédié "Arthur", le second morceau de son premier album homonyme sorti la semaine dernière. Son premier choc musical a lieu quand elle tombe sur Nirvana en bidouillant la radio de sa chambre de pré-ado du fin fond du Pays de Galles. C'est Daniel Avery qui l'initie à la production après l'avoir repérée dans les allées de Rough Trade et lui avoir fait poser les vocaux de "Drone Logic". Sa collaboratrice la plus régulière est la féministe vampire Jenny Hval, invitée récurrente de la musicienne galloise, présente sur son EP Oleic et sur une piste de son LP. Enfin, un détail en apparence plus anecdotique mais qui a son importance, elle commence à s'intéresser à la techno le jour où Bjork lui demande où est le rayon Detroit du disquaire dans lequel elle travaille : "je me suis dit que si Bjork s'intéressait à la techno, il fallait que je me penche aussi sur cette musique, alors que je n'en avais jamais vraiment écouté."

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Tiens, et si la house lo-fi n'était qu'une affaire d'algorithmes Youtube ?

C'est en tout cas l'hypothèse qu'avance le site The Outline, et à laquelle on souscrit en partie.
04.04.2017,
Marc-Aurèle Baly

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On n'en aura jamais fini avec la house lo-fi (et oui, nous aussi on contribue à nourrir la bête, on sait). Cette fois-ci, c'est le site The Outline qui vient y mettre son grain de sel, en émettant très franchement l'hypothèse que le succès récent du genre ne serait en fait dû qu'à une affaire d'algorithmes Youtube.

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03.04.2017,
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Depuis qu'il a quitté ses camarades de jeu Wolf Eyes autour de 2005, Aaron DIlloway semble n'avoir qu'un seul but : produire et sortir la musique la plus authentiquement malade possible, délestée de toute idée de confort, portée autant sur la confrontation directe avec son public que sur le malaise qu'elle induit.

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