Beatport n'est pas seulement ce supermarché de la tech-house un peu boudé par les enfants. Parfois, la partie "news" du site nous replonge dans quelques archives toujours agréables à consulter, comme quand on pouvait y trouver une sélection des dix meilleurs documentaires sur la techno de Detroit. Aujourd'hui, Beatport remet ça et publie un choix pertinent de dix docus sur l'histoire de la house music. Comme on les a déjà tous vus et que vous n'avez peut-être pas assez d'heures à tuer, on vous résume brièvement chaque documentaire: vous n'avez plus qu'à faire votre marché.
Blog
The ten best house documentaries of all time
Louis Vial
Colin Stetson: High Above A Grey Green Sea
Olivier Lamm
Ça fait un petit moment qu'on a pas pris de nouvelles du colosse Colin Stetson et qu'on procrastine volontairement d'en prendre - en gros depuis le jour où on a entendu dire que Bon Iver devait chanter sur 4 morceaux de son nouvel album. Mais c'est la rançon du succès: pilier de Constellation et de la Casa del Popolo de Montréal, ce Michigander élevé à l'americana et au coups de hanches furieux de John Zorn, Peter Brötzmann ou Anthony Braxton est devenu l'un des accessoires soniques les plus recherchés de l'indie et / ou l'art rock contemporain (de Tom Waits à Arcade Fire). On ne jette pas une seconde la pierre à tous ces gens tombés en pamoison devant les miracles de musique que Stetson arrive à sortir de son saxophone basse, de sa caboche et de ses poumons, et Bon Iver feulait déjà sur son précédent New History Warfare vol.2: Judges sans que ça n'entache une seconde la beauté franchement fatale du disque. Mais 4 morceaux?
Femme en Fourrure: Pretty Boy
Louis Vial
Quand 50 Cent ou Booba paradent au milieu de paires de fesses musclées dans leurs clips, nul doute qu'il s'agit d'une manière explicite de célébrer leurs vies de pimp jamais en manque de stupre. Quand c'est le duo finlandais Femme en Fourrure, spécialisé en techno glaciale et anxiogène, qui choisit d'illustrer son morceau "Pretty Boy" par un déluge de postérieurs en mouvement, on assiste à quelque chose d'autrement plus torturé qu'une simple ode au sexe.
Parking vide, délabré, dédale de béton mal éclairé... On se croirait presque dans la scène d'Orange Mécanique où Alex et ses Droogies dérouillent un clochard. C'est dans ce cadre pas très lascif, à part pour certains qu'on ne jugera point ici, que le réalisateur de Helsinki Miikka Lommi, habitué à tourner des plans d' arrière-trains en action, a fait s'agiter devant son objectif une dizaine de filles rarement filmées de face et souvent imbriquées dans des positions peu commune.
Shawn O'Sullivan: Blowing Up The Workshop 8
Olivier Lamm
Nouvelle année, nouvelles sources, nouveau feed: Interstice(ssg) est le tout nouveau blog de Chris de feu MNML SSGS, regretté point de ralliement des gourmets techno house au bon goût déconcertement constant. Basé à Tokyo, le DJ et critique n'aura heureusement pas tenu 6 mois loin du clavier et c'est tant mieux pour notre pomme. En moins d'une semaine, il nous a ainsi déjà mis sur la piste d'un label, d'un artiste et d'un site: la maison new-yorkaise WT Records (fondée en 2009 par W.T. Burnett du super duo synth electronica Galaxy Toobin'), le synth nerd Shawn O'Sullivan (en vacance du trio fétichiste Led Er Lest, signé sur Sacred Bones) et Blowing Up The Workshop, plateforme blog/label tenue par Matthew Kent, colonniste chez Drowned in Sound et collaborateur de Opal Tapes.
Portico Quartet: 4096 Colours (Konx-om-Pax Remix)
Louis Vial
Konx-om-Pax tient son sobriquet d'un livre occulte publié en 1907 par Aleister Crowley, et pour cause, il est assez réputé pour son travail de graphiste assez orienté magie noire/ésotérisme. Mais Konx-om-Pax, quand il ne fait pas tourner les guéridons, produit également une ambient techno torturée, dont on a déjà pu apprécier les fulgurances sur un album paru l'année dernière sur Planet Mu. On le retrouve aux côtés d'un roster très hall of fame UK de remixers (DVA, Luke Abbott, SBTRKT, LV), sur le bien nommé Live/Remix de Portico Quartet, qui, comme son nom vous l'enfonce dans le crâne, se divise en deux parties: neuf titres enregistrés en live, et neuf remixes.
Suuns: 2020
Olivier Lamm
Quand on a rencontré Suuns il y a un an à l'occasion de leur premier album, on avait pas mal percuté sur un truc: leur infatuation somme toute singulière pour la musique de Plastikman. Pas que le quatuor canadien soit le premier à revendiquer l'influence de la techno (un jour, on fera un livre noir de tous les groupes pourraves qui ont cité "Aphex Twin" au moins une fois dans une interview), non, le plus étonnant c'est que chez eux, ça s'entend. Les délateurs du groupe citent plutôt l'énième placage de plans krautrock ou les singeries embarassantes de Radiohead, ils n'ont pas tort non plus et pourtant: le groupe nous intéresse au moins par sa manière très singulière d'envisager le bruit et la monotonalité et quelque chose dans leur deuxième Images du Futur (titre en français dans le texte) nous dit qu'on avait pas tort.
Cyclopean : EP
Olivier Lamm
Parmi les nouveautés discographiques dont il nous est un peu compliqué de parler sur ces pages, il y a ce coffret de Miles Davis qui vient de sortir et qui donne à entendre pour la première fois de l'histoire le "lost band" de la Grande Ere de transition 1969-70, avec Chick Corea au piano électrique, Wayne Shorter au sax ténor et au soprano, Dave Holland à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie. Dans la mesure où c'est le disque le plus excitant que j'ai écouté cette semaine et que la seule raison pour laquelle je m'abstiens de vous en parler est qu'il faut bien poser des barrières quelque part, c'est un peu frustrant. Heureusement pour tout le monde, il y a eu les années 60 et, au hasard, ce groupe de rock marxiste allemand qui a eu la bonne idée de décider que les barrières, ça commençait à bien faire; c'est entre autres grâce à Can, donc, que je peux vous parler aujourd'hui de jazz électrique en loucedé.
I am Divine
Louis Vial
Il n'est pas vraiment admis dans la vaste mythologie de la contre-culture que grandir dans la banlieue de Baltimore (Maryland) avec des parents conservateurs quand vous êtes un jeune homme en surpoids puisse constituer un contexte propice à devenir une égérie underground. C'est pourtant ce qui est arrivé à Harris Glenn Milstead, métamorphosé en Divine après deux ou trois coups de pinceaux sur le visage et une rencontre artistiquement prolifique avec le réalisateur John Waters. Ce destin bigger-than-life, le réalisateur Jeffrey Schwarz, déjà auteur de deux documentaires sur les icônes gays Jack Wrangler et Vito Russo, a tenu à en faire une biopic qu'il promet riche en archives inédites: I am Divine.
Hair Police: Mercurial Rites
Olivier Lamm
Timing parfait pour ce nouveau Hair Police débarqué sans crier gare, qui nous rappelle qu'avant d'être dark, ambient et rythmée, la musique noise était dark, bruyante et parfois même un peu terrifiante.
Petite institution de l'underground harsh noise US, ce trio de barbus du Kentucky pratique depuis 2001 le boucan comme une religion ancestrale. Le regard vers le chaos primordial de la grande musique improvisée (AMM, MEV, tout ça), les formes insensées des aînés de Wolf Eyes (au sein duquel Mike Connelly officie depuis 2005) et le bordel maléfique des mythiques Abruptum (duo de gamins en charge du cas Dionysos au sein de l'Inner Circle du black norvégien des origines), ils utilisent presque les mêmes instruments qu'un groupe de rock mais explorent des endroits de la musique qui en sont tellement éloignés que personne ne saurait dire si ce qu'ils manipulent en sont même des déchets.
