Question qui fâche du jour: MMM méritent-ils vraiment la hype démesurée qui entoure systématiquement les sorties de leurs maxis? Parce qu'on parle tout de même de deux Allemands quarantenaires tout frêles, aux cheveux poivres et sel, dont le premier (Fiedel) a un seul maxi solo à son actif en quinze ans de carrière et le deuxième (Erik Wiegand) est certes un poil plus productif (voir son oeuvre démoniaque en solo et ses disques avec Soundhack) mais est avant tout un informaticien qui mixe avec un crayon virtuel et une palette graphique. Pourquoi donc la house, la vraie, avec son cortège d'oiseaux sexy et de ghetto credibility, aurait-elle choisie ces deux clampins teutons pour s'incarner un peu plus fort qu'ailleurs?
Blog
MMM: Que Barbaro
Olivier Lamm
F / LOR: Blackflakes Teaser
Olivier Lamm
Pourquoi fait-on de la musique électronique? Dans le cas des jeunes loups élevés à la house et à la techno, les raisons oscillent entre une sorte de mysticisme du dancefloor et une étrange reproduction culturelle; dans le cas des (post) rockers élevés à l'impro et aux larsens, les raisons varient entre l'infatuation progressive pour les sons des synthés, l'envie de solitude et le mystère le plus complet.
Pour ce qui concerne Fabrice Laureau, l'homme qui se cache (mal) derrière F/LOR, on a vu l'évolution arriver mais ça reste un vrai paradoxe de foi: bassiste dans Prohibition et NLF3, producteur de renom dans les souterrain de France (pour Dirty Three, Shannon Wright ou Yann Tiersen), il a amassé les machines petit à petit mais sans jamais renier les variations de tempo chers à la musique motorisée par des corps. Soit, pour son premier album solo, il fait un disque très largement électronique (j'entends quand même des basses et des guitares) mais le moins qu'on puisse dire est qu'il ne se laisse pas mener le bout du nez par les robots et les séquenceurs.
Joy Orbison: Donell
Olivier Lamm
D'après ce que me dit Internet, cet inédit de Joy Orbison circule depuis pas mal de temps dans les airs. Bricolé en mode VIP, c'est même à peine un inédit: plutôt un edit un peu laidback et un hommage très, disons, personnel à Donell Jones, belle gueule à chapeau du r'n'b 90's disparu dans les arcanes avec le règne de Timbaland et des Neptunes (je schématise, c'est un blog).
Mais les jolis feulements de Donell aidant (signalons que feu Left-Eye de TLC, qui était sur l'orginal, est passée à la trappe), l'edit laidback est devenu un petit banger. Pour vous situer sur une échelle de 1 à 10 son quotient d'efficience sur une piste de danse, il existe des disc jockeys dans le monde qui ont pris la peine de le ripper depuis son mix pour Resident Advisor d'octobre dernier pour le jouer dans leurs propres sets. Quoi en dire sinon? Derrière l'acapella, c'est une jolie plage de house laidback, produite avec un kit 100% UK Garage (kick profond, snares en chips) et le mélange est adorable. Comme Joy O' est bien luné et qu'il l'a mise en dl gratuit sur son soundcloud, vous feriez bien de vous grouiller d'aller l'y gratter.
Disclosure: You & Me ft. Eliza Doolittle
Clément Ibagne
Selon Google Traduction, "disclosure" signifie une révélation. Et depuis l'année dernière, le groupe de Brighton est effectivement partout, playlisté par du beau monde (de Gilles Peterson à Annie Mac), relégué par les beaux gros médias (sur les ondes de Nova, dans les pages de Tsugi ou Trax), remixé par des beaux artistes (dont Dixon, boss d'Innervisions) et distribué par un beau label, le Greco-Roman de Joe 'Hot Chip' Goddard... On connaît le phénomène par coeur (le buzz qui monte des tréfonds du volcan pour éclabousser à la face du monde) et on est presque content de le déchiffrer aussi facilement. Annoncé en grandes pompes la semaine dernière, Settle, premier album à sortir en juin, concentre à la fois les espoirs de la hype, trop heureuse de sortir de ses souterrains un vrai album crossover en main, et de l'industrie phonographique, qui espère bien voir ses poulains péter le Billboard à moindres frais (et c'est bien parti pour). Pour résumer ce blurb copié-collé sur Wikipedia, Disclosure est à la fois "hipster-friendly" et un potentiel "chart-dominator".
Thee Oh Sees: Toe Cutter - Thumb Buster
Marlène Boutevin
On savait John Dwyer et sa bande formidablement prolifiques pour les albums et les chansons (en moyenne une nouvelle collection tous les 7 mois depuis 3 ans), on les découvre depuis peu pourvoyeurs intarissables d'images pour aller avec.
Quelques semaines après la superproduction "Minotaur" (23€ rien que pour les costumes, dit la légende), ils font de nouveau appel à leur pote John Strong (qui leur avait bricolé une petite virée joliment photographiée dans un club de strip pour le "Lupine Dominus" du précédent Putrifiers II) pour mettre en images le heavy et guilleret "Toe Cutter/ Thumb Buster".
Andre Bratten: Libra
Olivier Lamm
L'été dernier, le gars Todd Terje, jusque-là connu comme sous-officier sympa de la petite scène nü disco norvégienne, a fait un gros tube. Ça s'appellait bien sûr "Inspector Norse", vous l'avez entendu partout, dans des bars, dans des boîtes et dans des vernissages de merde et heureusement pour notre santé mentale à tous, c'était un bon morceau. Curieusement, la bombinette italo était le résultat d'expérimentations plus ou moins hasardeuses avec un ARP 2600, synthé semi-modulaire de légende de la firme américaine ARP notamment utilisé par Patrick Gleeson sur le mythique Sextant de Herbie Hancock. Vous me direz, quand on a le Studio 54 dans la tête, peu importe le bidule qu'on a sous la main, à la fin de la journée de boulot, c'est soirée disco.
Pour son compagnon de studio Andre Bratten, c'est exactement pareil: en bon nerd qu'il semble être (voir photo ci-contre), notre newcomer total dit avoir composé l'intégralité de son tout premier Be A Man You Ant LP sur un seul gros synthé (kicks, snare et cymbales y compris) mais heureusement pour les types sur la piste de danse, ça ne s'entend pas une seconde. Le "Libra" qu'on écoute aujourd'hui est une jolie petite odyssée cosmic balearic truc typique, pulsée par une bassline non moins typique à la Moroder et agrémentée d'une jolie petite mélodie-cerise à la limite du croquignolet. Ça sort sur le Full Pupp de Prins Thomas, évidemment.
Xiu Xiu & Eugene S. Robinson: Sal Mineo
Olivier Lamm
Oh le joli bonbon au poivre que voilà! Le joli coussin d'épingles! La jolie vierge de Nuremberg! On aurait bien sûr été bien mal avisé d'attendre du rose et de la pop d'une rencontre entre Jamie Stewart le serial doloriste et Eugene S. Robinson le fight-clubber; mais à bien des égards, Sal Mineo est bien plus rétif, ardu et hardcore que tout ce qu'on pouvait imaginer. Présenté comme un bon death trip des familles, c'est surtout un compendium de cruautés, un cahier de "crimes soniques" d'autant plus dangereux pour le moral et les oreilles qu'il glisse aussi des moments de délice dans les interstices.
Minilogue: Blomma
Marlène Boutevin
Pete "Namlook" Kuhlmann s'est éteint le 8 novembre dernier. Attristés par la nouvelle et par l'indifférence générale qui l'a accompagnés, on ne peut pas non plus dire que l'on en a été très surpris tant tout dans le geste et la manière de ce musicien allemand allait à contre-courant des régimes et des cadences de plus en plus hystériques de la pop culture contemporaine. Continuateur direct de l'édifice de la musique planante allemande, formé au jazz-rock et aux diverses disciplines new age en vogue dans les années 80, Namlook enregistrait comme il respirait, jusqu'à sortir deux ou trois disques par mois. A l'époque où la rareté forçait la concentration et où une heure de musique coûtait en moyenne le prix de cinq demis, ça nous convenait à peu près: Namlook demandait beaucoup de notre temps pour nous faire écouter pas grand chose, mais ce temps, nous en avions encore des sacs à dépenser. Ainsi son Fax de label, ainsi nommé en hommage à ce moyen de communication "idéal pour une distribution des idées rapide et peu onéreuse", est devenu un véritable havre de tranquillité pour le mélomane électronicien des années 90. Porté un temps par l'engouement pour les chill outs des grosses rave et l'ambient house pionnière de The Orb, Biosphere ou KLF, Fax lança quelques carrières (Atom Heart, Dr. Atmo, Tetsu Inoue) et servit ponctuellement de havre de liberté à quelques pionniers alors délaissés (dont Klaus Schulze) et divers producteurs en vacances de la house et de la techno (Richie Hawtin, Anthony Rother, Jocheem Paap alias Speedy J, David Moufang). Et c'était bien parce que c'était discret et en même important, comme un reminder discret de cette partie inextinguible de la musique électronique qui étend le temps et fait, mieux que n'importe quelle autre musique, des paysages dans lesquels se projeter et s'oublier.
The Young Gods: Live at Fri-Son 1987
Olivier Lamm
The Young Gods est un groupe insaisissable. Affilié à l'indus pour son usage extensif du sampler, débarqué d'une nation surtout connue pour ses légions metal extrême (Celtic Frost, Hellhammer, Coroner), le groupe de Franz Treichler a également donné dans les simili pop songs, le bruit pur ou les odyssées ambient - comme Severed Heads, Psychic TV et la plupart de ses congénères bâtisseurs de la musique industrielle me direz-vous.
Mais derrière les déluges d'abstraction, les paroles baudelairiennes et la référence à Swans (oui, le nom du groupe est un hommage au mini-album le plus bruyant du groupe de Gira & co.), les Youngs Gods ont surtout infusé la frange metal de l'indus et la frange indus du metal: Faith No More, KMFDM, la deuxième vie Ministry, la myriade de groupes chelous de Devin Townsend... Autant de groupes à guitare en graphite et cheveux gras qui ont tous un peu caricaturé l'esthétique compliquée du groupe fribourgeois en n'en retenant que les boucles de bruits et l'esthétique machine-outils. Car à bien des égards, le blueprint originel des Young Gods première période était bien plus extrême et dissonant que 90% du metal indus qu'il a fait naître.
Papaye: Tennis
Ophélie Livert
Le premier truc qu'on remarque quand on prend le joli digipack de Tennis entre les mains (enfin le deuxième, après la simili Ségolène grimée en Jennifer Capriati et le chienchien priapique sur la pochette), c'est la tête des trois clampins peignés de près en photo à l'intérieur (cf. ci-contre).
Outre le fait que les membres du fanclub de Pneu se baveront tous dessus d'y découvrir un JB Geoffroy dénué de tout pelage facial, on comprend surtout à la vue de ces imprimés fleuris et visages rasés de frais que Papaye n'est pas qu'une histoire de mesures impairs et de riffs de Telecaster compliqués. Derrière les ruptures, les unissons tapping/caisse claire et l'abstraction, il y a trois cerveaux très particuliers qui débordent d'idiosyncrasies et de très étranges idées.