On vous a déjà décrit le bien infini que nous fait le hit-single qui ouvre le formidable Ganzfeld EP de Matmos: pour la toute première fois de leur grosse carrière, Martin Schmidt et Drew Daniel ont arrangé ensemble des notes de musique qui nous parlent directement dans le creux de l'oreille et on se fiche presque du lourd processus créatif (raconté avec moults mots et détails dans les liner notes qui accompagnent le disque) qui l'a fait naître.
On dit "presque" parce qu'il reste la seule explication au titre de la chanson, à son thème et aux formes étranges qu'il projette dans le clip. Comme on a déjà tenté de vous l'expliquer, les "énormes triangles verts" et la ritournelle de "Very Large Triangles" ont été "vus" et "entendus" par le sujet d'une expérience de communication télépathique menée avec plus ou moins de bonne foi scientifique par le duo. En regard des diverses tentatives modernistes des expérimentateurs du 20ème siècle et de la floppée d'incongruités que les plus hardis de la bande se sont bricolés pour réinventer ce satané geste créatif (le sérialisme, l'aléatoire, le I-Ching), ce n'est pas si sot.
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Matmos: Very Large Green Triangles (video)
Olivier Lamm
Electric Electric : Discipline
Frédéric Gendarme
Discipline aurait, me souffle t-on au sein de la rédac, un arrière goût de Battles époque 2006...
Si l'argument m'a autant soufflé qu'une overdose de bretzels, il n'a pas ébranlé l'affection éternelle que je porte au quatuor des débuts, renouvelée grâce à ce deuxième long format, par lequel s'étale, à mon humble avis, les contours d'un continent africain tourné à l'envers. Dieu que cette phrase m'aura coûté.
On vous laisse juger cette réinterprétation géographique et ce nouvel album. Sur ce, je vous laisse, on doit barricader les bureaux contre l'arrivée de Jacob Bannon et de Kurt Ballou, passablement furax après un autre article tardif.
Bill Kouligas: Juno Plus Podcast
Olivier Lamm
Pan est l'un des labels les plus insaisissables et attachants à avoir émergé du chaos culturello-industriel de ces dernières années. Débarqué timidement comme une micro structure noise parmi tant d'autres, le label du Grec Bill Kouligas (aka Family Battle Snake) s'est d'abord distingué par ses artworks estomaquants et son sens aigu de l'histoire (voir les rééditions de Lanz & Eb.er, Ghédalia Tazartès ou du groupe post-industriel Das Synthetische Mischgewebe). Mais sa vraie révolution, il la doit aux mutations de ses poulains Heatsick, René Hell ou Kouhei Matsunaga, tous d'anciens harsh noisers passés à des plaisirs soniques plus tempérés voire plus colorés, pourquoi pas du côté des claviers house et des basslines acid. Comme ils sont pas les seuls (cf. la mue de Prurient en Vatican Shadow, la house selon Mark Fell ou les disques proto-technoïdes de Pete Swanson) et que parallèlement, des gloires radical techno (Regis & co) retombent volontiers dans leur enfance post-indus, on a toute une scène dure à attraper dans un filet qui est en train de naître à la jonction de territoires qui s'ignoraient jusque là royalement et Pan est en train de devenir l'un de ses étendards.
Gudrun Gut: Garten
Olivier Lamm
Vous n'avez peut-être jamais entendu son nom, ou alors vous l'avez entendu mais en bon germanophobe, vous l'avez trouvé disgracieux et ça vous a découragé d'aller écouter plus loin. Quel dommage. Aux côtés de Moritz von Oswald et Thomas Fehlmann, Gudrun Gut est non seulement une magnifique agitatrice féministe, mais l'un des boulons essentiels de la révolution électronique berlinoise. Membre fondatrice de Einstürzende Neubauten et du girl group Malaria!, elle a tout vu/tout fait depuis les premiers tressaillement post punk fraction beaux-arts jusqu'au grand unisson techno ou la naissance de l'electro pop adulte avec son label Monika Enteprise. Ses propres disques solo ne sont plus guère grandioses depuis un moment mais ils sont toujours zarbis et classes, et bourrés à craquer de ce spleen déglacé au schnaps et légèrement hautain qui caractérise la génération neo kraut truc depuis les débuts de Mouse on Mars, Kreidler ou To Rococo Rot.
Red Axes : Edit Service 2
Frédéric Gendarme
Quinze jours après Bot'Ox, c'est au tour du duo israelien Red Axes, nouvelle signature I'm A Cliché, de se présenter pour le jeu de l'édit mystère. Il y a deux semaines, j'avais promis un billet de Monopoly à celui qui me trouverait l'original. Devant le mutisme de notre communauté dronesque et celui de ce facétieux label, je lance un deuxième appel à l'aide pour découvrir qui se cache derrière ce groove ténébreux et par la même occasion, combler ma culture musicale déficiente. Récompense ludique à la clef.
Scott Walker: Bish Bosch Trailer
Olivier Lamm
Dans ma tête et celle de quelques autres, le monde est coupé en deux. Il y a les gens qui aiment Tilt et The Drift et ceux qui ne les aiment pas. Ceux qui goûtent leurs tentatives démentes d'ouvrir les Portes de l'Enfer et ceux qui préfèrent Bon Iver.
En bon "rock critic", je trace ma ligne à la truelle mais ces deux disques durs et dingues font partie de cette catégorie d'objets ("les oeuvres d'art") qui forcent presque le partisanisme, alourdissent automatiquement la parole critique d'une tonne de fiente morale et polarisent toutes les discussions des deux côtés d'une ligne de démarcation infranchissable.
Fulgeance : STEP-THRU
Olivier Lamm
Pour faire simple et injuste, la musique électronique avance sur deux rails qui ne se touchent jamais: celui des inventeurs viscéraux (volontaires ou accidentels) et celui des copistes qui la font vivre au quotidien, modulant les formes et les objets comme on peint un paysage à l'huile ou une énième variation autour du roman noir. On théorise ça sans échelle de valeur derrière la tête, puisque les chefs d'oeuvre poussent des deux côtés de la barrière et que c'est le régime biologique naturel du genre. Pour tout dire, 80% des machins qu'on écoute pour le plaisir au quotidien tiennent plus de la mutation et de la division cellulaire que de l'ex nihilo et c'est pas plus mal.
Mock & Toof: Temporary Happiness
Olivier Lamm
Il me semble qu'il y a eu un malentendu au sujet de Mock & Toof. Propulsés branchés sur les derniers jours de la parenthèse novo disco par une poignée de maxis bien sentis sur Mule Musiq ou DFA, les Londoniens Duncan Stump et Nick Woolson ont tout de suite vu beaucoup plus larges que la plupart des ravaleurs d'italo-balearico-truc-machin basés à Oslo. Le disco, chez eux, est moins un truc magique à ressusciter qu'un joujou dans la caisse, un tout petit bouton poussoir sur un tableau de bord immense qui s'étend de Basic Channel à la salsa du Spanish Harlem. Suivant une trajectoire pas si éloignée de celle de Basement Jaxx, ils ont dérivé des fêtes dans les caves vers les grosses salles de concert pour révéler le fin mot de leur projet: démantibuler la dance pour faire rentrer la pop dedans, sans jamais quitter la soul des yeux et surtout sans se préoccuper de ce petit monstre geignard qu'est l'electropop des années 2000. Mutant par là une sorte de Basement Jaxx soft, sans le fluo et la jet-set qui s'époumone sur le bouclan.
Converge : All We Love We Leave Behind
Clément Mathon
Tout va bien, on est en 2012, ça fait 22 ans que le groupe hurle sa souffrance, dessine notre monde de merde, et s'apitoie en famille sur la condition humaine.
Et bien rassurez-vous, c'est pas prêt de changer. Tout va bien dans ce nouveau All We Love We Leave Behind, les quelques fautes de goût en plus, on ne peut pas toujours être bon. Converge fait toujours du Converge.