Pour faire simple et injuste, la musique électronique avance sur deux rails qui ne se touchent jamais: celui des inventeurs viscéraux (volontaires ou accidentels) et celui des copistes qui la font vivre au quotidien, modulant les formes et les objets comme on peint un paysage à l'huile ou une énième variation autour du roman noir. On théorise ça sans échelle de valeur derrière la tête, puisque les chefs d'oeuvre poussent des deux côtés de la barrière et que c'est le régime biologique naturel du genre. Pour tout dire, 80% des machins qu'on écoute pour le plaisir au quotidien tiennent plus de la mutation et de la division cellulaire que de l'ex nihilo et c'est pas plus mal.
Blog
Fulgeance : STEP-THRU
Olivier Lamm
Mock & Toof: Temporary Happiness
Olivier Lamm
Il me semble qu'il y a eu un malentendu au sujet de Mock & Toof. Propulsés branchés sur les derniers jours de la parenthèse novo disco par une poignée de maxis bien sentis sur Mule Musiq ou DFA, les Londoniens Duncan Stump et Nick Woolson ont tout de suite vu beaucoup plus larges que la plupart des ravaleurs d'italo-balearico-truc-machin basés à Oslo. Le disco, chez eux, est moins un truc magique à ressusciter qu'un joujou dans la caisse, un tout petit bouton poussoir sur un tableau de bord immense qui s'étend de Basic Channel à la salsa du Spanish Harlem. Suivant une trajectoire pas si éloignée de celle de Basement Jaxx, ils ont dérivé des fêtes dans les caves vers les grosses salles de concert pour révéler le fin mot de leur projet: démantibuler la dance pour faire rentrer la pop dedans, sans jamais quitter la soul des yeux et surtout sans se préoccuper de ce petit monstre geignard qu'est l'electropop des années 2000. Mutant par là une sorte de Basement Jaxx soft, sans le fluo et la jet-set qui s'époumone sur le bouclan.
Converge : All We Love We Leave Behind
Clément Mathon
Tout va bien, on est en 2012, ça fait 22 ans que le groupe hurle sa souffrance, dessine notre monde de merde, et s'apitoie en famille sur la condition humaine.
Et bien rassurez-vous, c'est pas prêt de changer. Tout va bien dans ce nouveau All We Love We Leave Behind, les quelques fautes de goût en plus, on ne peut pas toujours être bon. Converge fait toujours du Converge.
Scorpion Violente: Backdoor Action
Olivier Lamm
Comme pour les films de Bruno Dumont ou les romans de Simenon, il est pratiquement impossible d'évoquer la musique de Scorpion Violente sans tomber dans les poncifs métaphoriques sociologico-géographico-centrés. Notre confrère Lelo Batista parle "d'horreur social" et de "synth-punk rural", cet article de fan évoque l'odeur "du vomi de houblon", notre propre collaborateur Guillaume Loiret (qui a l'air de savoir de quoi il parle) invoque l'adjectif "dégénéré" et "les longues soirées d'hiver dans la banlieue de Metz". Se pourrait-il alors qu'à l'instar des films de Pagnol, la musique du duo Messino-Strasbourgeois ne s'apprécie que comme une curiosité locale, un concentré de sensations fortes folkloriques à réduire en poudre et sniffer entre deux coupes de champagne?
Jean Pierre Mirouze : Le Mariage Collectif
Frédéric Gendarme
D'après ce qu'en disent Internet et JB Wizz lui-même, Le Mariage Collectif est une curiosité totale du cinéma post-hippie des années 70 qui ne mérite même pas qu'on fasse l'effort de la télécharger illégalement. Pour sa b.o., c'est une autre affaire. Dénichée dans une décharge par le D.A. de Born Bad, cette oeuvre mineure de Jean-Pierre Mirouze alias Jean-Pierre Guigon (et futur Jean-Pierre Sabar au sein du supergroupe French disco Arpadys) est, à nos oreilles vintage addict de 2012, une sucrerie délicieuse. Mais pour cause de ressortie au beau milieu de l'été, quand tout le monde a le dos tourné, on était passé à côté. On se rattrape sans état d'âme et, une fois n'est pas coutume, on laisse la parole à JB lui-même, parce qu'on ne voit pas vraiment ce qu'on pourrait ajouter à sa lumineuse présentation.
La Terre Tremble: Salvage Blues
Frédéric Gendarme
La Terre Tremble!!! est une bande de doux rigolards. Dans la feuille de chou promotionnelle qui accompagne leur dernier album, ils évoquent avec amour une critique incendiaire de leur précédent Travail, concèdent ne pas comprendre grand chose à leur propre musique et nous défient à une partie de Taboo où il serait interdit d'utiliser les mots "post", "math", "noise" ou "indie" pour les faire deviner à Tata Yvonne. Derrière les évidences hagiographiques (le math rock nantais, les paroles très écrites en français), aurait-on donc de fait affaire à trois vrais mauvais élèves qui n'ont effectivement jamais eu la patience d'écouter un morceau de Gastr del Sol en entier et qui auraient passé leur prime jeunesse à bosser leur gamme pentatonique en écoutant des LPs rincés de Stevie Ray Vaughan?
One Man Metal, Black Metal's Unexplored Fringes
Olivier Lamm
Mine de rien, c'est un vrai petit exploit que viennent de réaliser les gens de Noisey, la rutilante plateforme vidéo-musique de Vice, Dell et Intel: attraper in the flesh messieurs Leviathan, Xasthur et Striborg pour les filmer dans leur antre (=à la maison) et sans corpse painting pour les grimaces et les interroger sur la profondeur de leur âme en peine. Rappelons rapidement pour le néophyte qui ne recevrait pas la newsletter hebdomadaire du disquaire san-franciscain Aquarius Records que ces trois broyeurs de noir solitaires ne sont pas seulement le gratin de la frange valiumisée du hipster black (celui qui sort en vinyle 180 grammes sur Southern Lord ou Norma Evangelium Diaboli), ce sont des vrais sociopathes des familles, secrets, agoraphobes, et éventuellement psychopathes à leurs heures les plus sombres.
Godspeed You! Black Emperor : Allelujah! Don't Bend! Ascend!
Clément Mathon
Sufjan Stevens : Silver & Gold
Clément Mathon
Le morceau s'appelle Christmas Unicorn (téléchargement gratuit ici), la pochette est au moins aussi moche que son auteur (la plus belle tête de prof de pilates de l'indie music), et se termine en mash-up de Love Will tear Us Apart. Autant vous dire que le gars cherche la merde.
Et pourtant, non, Sufjan Stevens ne figurera pas dans la shitlist cette année. Son nouvel album sort en novembre prochain, et voici qu'aujourd'hui (la semaine dernière en fait, mais j'avais la flemme d'écouter), est lâché sur les internets un premier appât de 12 minutes et des cacahuètes qui vient de finir de shamaniser mon cerveau abruti par un week-end d'écoute du dernier Death Grips.
Ricardo Tobar : Recuerdos
Frédéric Gendarme
Lentement mais surement, In Paradisum étend son influence, par le biais d'une electronica ténébreuse pour clubbers exigeants et patrons de salle téméraires. Ses 12" pouces se propagent plus rapidement ques des bubons sur l'aine d'un pestiféré, et les disciples de Mondkopf récoltent adulations et hommages paiens jusque dans nos colonnes chrétiennes. Profitant de cet état de grâce, deux remixes pointent leur nez, centrés sur le Recuerdos du Chilien Ricardo Tobar qui nous a pas mal ravis un peu plus tot dans l'année.