Il ne fait aucun doute que Tame Impala est l'un des dix plus grands groupes indie rock en activité et qu'Innerspeaker est, aux côtés du Congratulations des têtes à claques de MGMT (ce n'est seulement dit pour agacer mes collèges David Pais et Clément Mathon), le plus impressionnant specimen de disque rock total des années 2010. La preuve n'en est pas seulement notre dévouée assiduité sur le sujet (ainsi que celles de quelques autres) mais la vénération que le-dit album, pourtant taillé dans une matière psyché rock élimée jusqu'à la fibre, inspire à ses admirateurs. La vérité vraie, c'est que Kevin Parker fait mieux que tous les autres, les mélodies, les sons de guitare, les précipitations d'exaltation et les envolées si lyriques qu'elles donnent l'impression de léviter au-dessus du bureau. Autant vous dire donc que la sortie de Lonerism, prévue pour octobre, nous file déjà des petites palpitations et qu'à nos âges, ce n'est pas anodin.
Blog
Tame Impala: Apocalypse Dreams
Olivier Lamm
Squarepusher: Bloc 2012 Mix
Olivier Lamm
Squarepusher, c'est comme le socialisme, le 18ème arrondissement de Paris et quelques autres trucs de la musique des années 2000: c'était mieux avant. Et le pire c'est que Tom Jenkinson, pourtant pas avare en nouveaux projets (on en compte au moins trois différents pour ces 5 dernièrs années) a lui-même l'air de le penser. La preuve en est que dans la foulée de son retour aux affaires 100% électroniques (et un peu foireux) avec Ufabulum et pour faire la promotion du son & lumières qui va avec, l'Anglais a pondu un mix exclusivement composé de ses propres morceaux, dont le plus récent date de ...2006.
Gangpol und Mit: 1000 People Band
Ophélie Livert
Mille âmes précipitées ensemble dans une seule pièce de musique, mille plateaux de joie et de tristesse, c'était la promesse un peu folle, un peu mensongère du dernier Gangpol und Mit sorti en fanfare (virtuelle) l'année dernière sur l'Ipecac de Mike Patton; en réalité, la musique était toujours l'oeuvre d'un seul homme entouré de ses oeufs, effets et synthés et le propos était moins d'en mettre plein les oreilles à l'amateur que de parler très lyriquement de ce mal qu'on appelle la solitude. Ceux qui ont eu la chance de voir la très singuliere mise en son et lumières du disque auront eu tout le loisir de s'en rendre compte: à la fin du monde, personne ne sera là pour nous tenir la main.
JEFF the Brotherhood: Sixpack
Olivier Lamm
Dans la famille "on fait du pop punk parce qu'on sait rien faire d'autre", les ex Be Your Own Pet Jake et Jamin Orrall sont à classer dans la section "mignons" (selon Clément Mathon). Ils sont de Nashville, leur papa est songwriter et a écrit des chansons pour Lindsey Lohan, leur label a un nom complètement débile et le logo qui va avec et entretient des liens incestueux avec le Third Man de Jack White. Tout ça pour dire que leur musique est prévisible comme un single de Katy Perry et ne fonctionne sur l'humeur que pendant une période très limitée de la journée (après 17h) mais qu'ils nous sont tout de même très sympathiques.
CAN : Dead Pigeon Suite
Clément Mathon
On en a déjà raconté des caisses sur ce magnifique The Lost Tapes de Can, dont nous avons eu en plus l'honneur d'héberger quelques extraits en écoute.
Un coffret d'inédits, et je cite Olivier Lamm "du plus grand groupe de rock allemand de tous les temps".
Lil B: The 848 Song Based Freestyle Mixtape
Olivier Lamm
La dernière fois qu'on écrivait un truc sur Lil B, c'était pour le principe et la postérité: on tenait surtout à avoir notre notule sur le garçon dans la database. Depuis, on a vu passer une bonne demi-dizaine de mixtapes (dont une la semaine dernière) et un demi millier de ses détournements de memes sur les réseaux sociaux en baillant, et rien n'indiquait qu'on réécrirait un truc à son sujet de sitôt. Mais là, il nous force un peu la main, et quelque me chose me dit que c'est sa manière à lui d'exister dans le post-internet rap game.
Baio: Sunburn Modern
Olivier Lamm
C'est housey, c'est baléarique, c'est estival et ça fait jaser les Parisiens: c'est le premier maxi du bassiste de Vampire Weekend et si vous n'en avez pas encore entendu parler c'est soit que vous êtes vraiment en vacances (donc intégralement et providentiellement AFK), soit que vous vous tenez volontairement à distance des morceaux de musique dès lors qu'ils sont publiés en moyenne 5 fois par semaine par 11,8% de vos contacts Facebook. C'est la raison principale pour laquelle je n'avais jamais jeté une oreille à "Sunburn Modern" jusqu'à ce matin. Et ça explique sans doute en partie pourquoi en ce jour, en cette heure, je ne sais absolument pas quoi en penser.
The Orb ft. Lee Scratch Perry: Hold Me Upsetter
Olivier Lamm

Bien sûr tout le monde a déjà bossé avec Lee "Scratch" Perry, y compris Andrew WK, les Beastie Boys ou Sasha Grey, et on ne peut pas vraiment dire que la musique moderne en soit jamais vraiment sortie grandie. En même temps, c'est comme pour les clips à la Die Antwoord, personne l'oblige.
Dans le cas de The Orb (et au contraire de, disons, Peaking Lights), il ne viendrait à l'esprit d'aucun mélomane d'accuser Alex Paterson et Thomas Fehlmann de céder aux sirènes de la mode: le dub fait partie au moins pour un tiers du code génétique du groupe de Paterson depuis la première milliseconde de sa création, et l'on sait les sublimes mutations que Fehlmann a fait subir au genre sur ses disques solo (tous formidables, dude). Surtout, on parle de plus qu'un featuring en passant pour faire joli sur MTV puisqueThe Observer in the Star House, qui sort en septembre dans tous les formats possibles et imaginables, est un album entier chanté par l'Upsetter dans son intégralité.
Barker & Baumecker: Analogical
Olivier Lamm
Du fossé toujours mystérieux qui sépare les bons disques techno et les triviaux, ceux dont chaque placement de cymbale vous prend aux tripes et ceux dont chaque coup de kick a l'air un peu plus banal que le précédent.
Pour une raison qui nous échappe plutôt, les albums qui paraissent sur Ostgut Ton nous semblent par exemple tous émerger d'un endroit de soif et de passion plutôt que de ce lounge d'aéroport vulgaire et mal décoré où les DJs pressés bricolent à la va-vite des kilomètres de tech-house sans vie pour vendre leurs services un peu plus cher aux boîtes de nuit. La faute au Berghain et au Panorama Bar, ce double haut-lieu devenu iconique de la dance qu'on prend au sérieux et dont le label est une émanation? Ou serait-ce que ses moines-soldats Marcel Dettmann et Ben Klock prennent effectivement tellement à coeur l'objet techno que leurs disques nous mettent à terre jusque dans leur dogme et leur sévérité? Une chose est sûre, le fabuleux One de Ben Klock rend tous les disques qui sortent sur Ostgut Ton un peu meilleurs qu'ils ne le sont en vérité. Mais du moment qu'un maxi fait battre le coeur un peu plus vite, on se fiche bien de savoir s'il faut mettre en cause la joliesse des nappes ou la couleur du macaron.
John D'Agata: Yucca Mountain
Olivier Lamm
John D'Agata est journaliste. John D'Agata est écrivain. John D'Agata est essayiste. Ses livres font déborder trois disciplines à la fois, l'essai, l'enquête et le récit de fiction. Sa zone de confort, on la trouve pliée en 24 à la jonction qui unit et sépare les trois; son sujet de prédilection est le Fait, mais il n'aime rien tant d'autre que de le disséquer en tranches fines pour remonter les restes dans le désordre, lui faire subir toutes les greffes possibles et imaginables, salir son honneur et saccager le socle sur lequel il se tient habituellement dans toute sa suffisance et toute son arrogance.
En tant que grouillots glâneurs d'Internet, filmeurs et monteurs d'images et, par intermittence, journalistes, on doit dire que ça nous intéresse beaucoup: qui ose encore, dix-huit après la mort de Debord, des décennies de dissipation de l'éthique des cultural studies et le recours systématique au storytelling dans la prise de parole politique, interroger encore ce que l'on fait aux faits quand on prétend les livrer en l'état malgré l'écriture, le montage, l'anglage, la réflexion?