Selon Google Traduction, "disclosure" signifie une révélation. Et depuis l'année dernière, le groupe de Brighton est effectivement partout, playlisté par du beau monde (de Gilles Peterson à Annie Mac), relégué par les beaux gros médias (sur les ondes de Nova, dans les pages de Tsugi ou Trax), remixé par des beaux artistes (dont Dixon, boss d'Innervisions) et distribué par un beau label, le Greco-Roman de Joe 'Hot Chip' Goddard... On connaît le phénomène par coeur (le buzz qui monte des tréfonds du volcan pour éclabousser à la face du monde) et on est presque content de le déchiffrer aussi facilement. Annoncé en grandes pompes la semaine dernière, Settle, premier album à sortir en juin, concentre à la fois les espoirs de la hype, trop heureuse de sortir de ses souterrains un vrai album crossover en main, et de l'industrie phonographique, qui espère bien voir ses poulains péter le Billboard à moindres frais (et c'est bien parti pour). Pour résumer ce blurb copié-collé sur Wikipedia, Disclosure est à la fois "hipster-friendly" et un potentiel "chart-dominator".
Blog
Disclosure: You & Me ft. Eliza Doolittle
Clément Ibagne
Thee Oh Sees: Toe Cutter - Thumb Buster
Marlène Boutevin
On savait John Dwyer et sa bande formidablement prolifiques pour les albums et les chansons (en moyenne une nouvelle collection tous les 7 mois depuis 3 ans), on les découvre depuis peu pourvoyeurs intarissables d'images pour aller avec.
Quelques semaines après la superproduction "Minotaur" (23€ rien que pour les costumes, dit la légende), ils font de nouveau appel à leur pote John Strong (qui leur avait bricolé une petite virée joliment photographiée dans un club de strip pour le "Lupine Dominus" du précédent Putrifiers II) pour mettre en images le heavy et guilleret "Toe Cutter/ Thumb Buster".
Andre Bratten: Libra
Olivier Lamm
L'été dernier, le gars Todd Terje, jusque-là connu comme sous-officier sympa de la petite scène nü disco norvégienne, a fait un gros tube. Ça s'appellait bien sûr "Inspector Norse", vous l'avez entendu partout, dans des bars, dans des boîtes et dans des vernissages de merde et heureusement pour notre santé mentale à tous, c'était un bon morceau. Curieusement, la bombinette italo était le résultat d'expérimentations plus ou moins hasardeuses avec un ARP 2600, synthé semi-modulaire de légende de la firme américaine ARP notamment utilisé par Patrick Gleeson sur le mythique Sextant de Herbie Hancock. Vous me direz, quand on a le Studio 54 dans la tête, peu importe le bidule qu'on a sous la main, à la fin de la journée de boulot, c'est soirée disco.
Pour son compagnon de studio Andre Bratten, c'est exactement pareil: en bon nerd qu'il semble être (voir photo ci-contre), notre newcomer total dit avoir composé l'intégralité de son tout premier Be A Man You Ant LP sur un seul gros synthé (kicks, snare et cymbales y compris) mais heureusement pour les types sur la piste de danse, ça ne s'entend pas une seconde. Le "Libra" qu'on écoute aujourd'hui est une jolie petite odyssée cosmic balearic truc typique, pulsée par une bassline non moins typique à la Moroder et agrémentée d'une jolie petite mélodie-cerise à la limite du croquignolet. Ça sort sur le Full Pupp de Prins Thomas, évidemment.
Xiu Xiu & Eugene S. Robinson: Sal Mineo
Olivier Lamm
Oh le joli bonbon au poivre que voilà! Le joli coussin d'épingles! La jolie vierge de Nuremberg! On aurait bien sûr été bien mal avisé d'attendre du rose et de la pop d'une rencontre entre Jamie Stewart le serial doloriste et Eugene S. Robinson le fight-clubber; mais à bien des égards, Sal Mineo est bien plus rétif, ardu et hardcore que tout ce qu'on pouvait imaginer. Présenté comme un bon death trip des familles, c'est surtout un compendium de cruautés, un cahier de "crimes soniques" d'autant plus dangereux pour le moral et les oreilles qu'il glisse aussi des moments de délice dans les interstices.
Minilogue: Blomma
Marlène Boutevin
Pete "Namlook" Kuhlmann s'est éteint le 8 novembre dernier. Attristés par la nouvelle et par l'indifférence générale qui l'a accompagnés, on ne peut pas non plus dire que l'on en a été très surpris tant tout dans le geste et la manière de ce musicien allemand allait à contre-courant des régimes et des cadences de plus en plus hystériques de la pop culture contemporaine. Continuateur direct de l'édifice de la musique planante allemande, formé au jazz-rock et aux diverses disciplines new age en vogue dans les années 80, Namlook enregistrait comme il respirait, jusqu'à sortir deux ou trois disques par mois. A l'époque où la rareté forçait la concentration et où une heure de musique coûtait en moyenne le prix de cinq demis, ça nous convenait à peu près: Namlook demandait beaucoup de notre temps pour nous faire écouter pas grand chose, mais ce temps, nous en avions encore des sacs à dépenser. Ainsi son Fax de label, ainsi nommé en hommage à ce moyen de communication "idéal pour une distribution des idées rapide et peu onéreuse", est devenu un véritable havre de tranquillité pour le mélomane électronicien des années 90. Porté un temps par l'engouement pour les chill outs des grosses rave et l'ambient house pionnière de The Orb, Biosphere ou KLF, Fax lança quelques carrières (Atom Heart, Dr. Atmo, Tetsu Inoue) et servit ponctuellement de havre de liberté à quelques pionniers alors délaissés (dont Klaus Schulze) et divers producteurs en vacances de la house et de la techno (Richie Hawtin, Anthony Rother, Jocheem Paap alias Speedy J, David Moufang). Et c'était bien parce que c'était discret et en même important, comme un reminder discret de cette partie inextinguible de la musique électronique qui étend le temps et fait, mieux que n'importe quelle autre musique, des paysages dans lesquels se projeter et s'oublier.
The Young Gods: Live at Fri-Son 1987
Olivier Lamm
The Young Gods est un groupe insaisissable. Affilié à l'indus pour son usage extensif du sampler, débarqué d'une nation surtout connue pour ses légions metal extrême (Celtic Frost, Hellhammer, Coroner), le groupe de Franz Treichler a également donné dans les simili pop songs, le bruit pur ou les odyssées ambient - comme Severed Heads, Psychic TV et la plupart de ses congénères bâtisseurs de la musique industrielle me direz-vous.
Mais derrière les déluges d'abstraction, les paroles baudelairiennes et la référence à Swans (oui, le nom du groupe est un hommage au mini-album le plus bruyant du groupe de Gira & co.), les Youngs Gods ont surtout infusé la frange metal de l'indus et la frange indus du metal: Faith No More, KMFDM, la deuxième vie Ministry, la myriade de groupes chelous de Devin Townsend... Autant de groupes à guitare en graphite et cheveux gras qui ont tous un peu caricaturé l'esthétique compliquée du groupe fribourgeois en n'en retenant que les boucles de bruits et l'esthétique machine-outils. Car à bien des égards, le blueprint originel des Young Gods première période était bien plus extrême et dissonant que 90% du metal indus qu'il a fait naître.
Papaye: Tennis
Ophélie Livert
Le premier truc qu'on remarque quand on prend le joli digipack de Tennis entre les mains (enfin le deuxième, après la simili Ségolène grimée en Jennifer Capriati et le chienchien priapique sur la pochette), c'est la tête des trois clampins peignés de près en photo à l'intérieur (cf. ci-contre).
Outre le fait que les membres du fanclub de Pneu se baveront tous dessus d'y découvrir un JB Geoffroy dénué de tout pelage facial, on comprend surtout à la vue de ces imprimés fleuris et visages rasés de frais que Papaye n'est pas qu'une histoire de mesures impairs et de riffs de Telecaster compliqués. Derrière les ruptures, les unissons tapping/caisse claire et l'abstraction, il y a trois cerveaux très particuliers qui débordent d'idiosyncrasies et de très étranges idées.
Dinos Chapman: I'm This Idiot (Actress Remix)
Olivier Lamm
Plus le temps passe et plus sa street cred gonfle sur les réseaux, moins Darren Cunningham ne semble avoir quelque chose à carrer de la dance music. Promis comme un retour aux sources UK Garage, son dernier maxi par exemple (le bien titré Silver Cloud) ressemblait plus à la longue agonie d'un disque dur PCMCIA qu'à un banger de two-step futuriste.
Un peu plus près encore d'un drip de pigment sur une toile de Pollock dans une galerie de l'Est End, il remixe aujourd'hui l'une des plages de l'étrange Luftbobler du plasticien Dinos Chapman (moitié des controversés Chapman Brothers, notamment connus pour avoir "parasité" des aquarelles supposément peintes par Hitler dans une expo de 2008) et c'est encore un peu plus pire et encore un peu plus fascinant.
King Midas Sound: Funny Love
Olivier Lamm
Je vous parlais il y a trois jours du tropisme de la jeune génération pour le son Metalheadz, voilà qui me conforte dans ma théorie: derrière ses atours de flaque de mercure, ce "Funny Love" doit tous ses tons et son ambiance à sa nappe nébuleuse et abyssale, directement tombée de ces tracks de deep jungle dystopique dont les wonderkids de Metalheadz en premier avaient le secret.
Bien sûr Kevin Martin était déjà un daron pour les junglists de 93 (faut-il vous rappeler The Bug, Techno Animal, Ice et tous les autres projets de cet Andrew Weatherall du dub industriel?) et il n'a jamais donné directement dans le découpage d'amen breaks à 160 BPM; quelque chose pourtant dans King Midas Sound, le trio qu'il forme avec les vocalistes Roger Robinson et Kiki Hitomi de Dokkebi Q, sent le Londres mid 90s par tous les pores.
Affiliable à l'école Massive Attack du dub pour la voix de Robinson et à la vieille école Ninja Tune pour les tempi, la musique chafouine du trio d'en distingue pourtant par ce je-ne-sais-quoi de hardcore et d'anti-lounge qui nous fait voir Blade Runner et des scènes de guerrilla urbaines même dans ses déploiements ambient et ses tapis de vocalises à la limite de l'horreur nu soul. "Funny Love" est d'ores et déjà le morceau le plus beau du Aroo EP, à sortir le 20 avril qui vient pour le Record Store Day.
Gold Panda: Brazil
Olivier Lamm
L'autre jour, en browsant les crédits du premier album de Charli XCX sur sa page wiki (me demandez-pas pourquoi, lisez plutôt ça), j'ai été très surpris de trouver le nom de Gold Panda dans les producteurs de ce machin:
La jeune garde électronique qui se trouve sollicitée par la jeune génération de néo-monstres MTV, ça a le goût de l'ordre des choses, c'est vieux comme la pop et ça ne devrait surprendre personne. Mais comme pour Tokimonsta qui tourne avec Diplo et Skrillex et qui signe sur "le label emblème de de la grosse EDM qui tâche" (je m'autocite), le raccord entre le réel criard et dur à déchiffrer de la bubblegum pop contemporaine et l'indie electronica kaléïdoscopique née à la conjonction de J Dilla et Slowdive a quelque chose du paradoxe spatiotemporel. IRL, à une autre époque, les kids adeptes de Charli XCX et les rêveurs fans de Gold Panda se seraient méchamment mis sur la gueule.