DJ brillant et attachant, Mathew Jonson fait partie de cette étrange caste de héros techno dont l'oeuvre de producteur reste mystérieusement moins célébrée que l'activisme dans les soirées. L'oeuvre solo du Canadien ne manque pourtant pas d'anthems ni d'opus marquants: qui n'a jamais dodeliné sur la séquence trancey magique du dantesque "Marionette" ne sait pas vraiment de qui on parle.
Comme le dit autrement cette vieille bio, Jonson fait aussi partie des rares dealers de techno des noughties (il a commencé en 2001) dont la musique est reconnaissable en un instant. Elevé dans une Eden d'oscillateurs et de séquenceurs (son Papa lui aurait mis un synthé sous le nez alors qu'il n'avait que neuf ans), formé au solfège dans une fanfare, Jonson a à la fois le goût des harmonies bizarres et des séquences de notes qu'on fait muter en tournant les potards
Blog
Mathew Jonson: Plastic Spaceship
Olivier Lamm
MPIA3: Fuck Tesco
Clément Ibagne
On le sait, on est un peu en retard, et la nouvelle n'est plus de la toute première fraîcheur. Mais elle est d'envergure, au moins pour la communauté des techno-corbeaux dont nous sommes. MPIA3, le side-project techno-dure (limite gabber) de Truss, qui faisait renaître de ces cendres l'acid techno des années 90 façon Joey Beltram, eh bien c'est terminé. Fait suffisament singulier pour qu'on le signale, Tom Russell (c'est son nom) tire sa révérence alors que les projets de brutal-techno-qui-tache (les bons comme les mauvais) se multiplient ad-nauseam. En attirant son lot d'opportunistes qui viennent s'y greffer pour la sucer jusqu'à la moelle (ces dernières semaines, citons les cas pourtant pas déshonorants dans l'absolu de Metasplice ou Violentshaped) , la tendance ne finit-elle pas par tourner en rond ? Russell n'en dit rien, en guise d'au revoir il donne en free download le premier morceau composé sous le pseudo, qui n'était encore jamais sorti et qui sera donc le dernier.
Bajram Bili: Sequenced Fog
Olivier Lamm
C'est étonnant comme avec le temps, le krautrock est devenue, plus qu'une tendance, la lingua franca la plus usitée de la jeunesse indie qui regarde ses pieds. Hier soulèvement sans membrane et hyper spécifique d'un pays en quête d'identité (on vous refait pas l'Histoire), ce non-genre tombé du refus des conventions pop rock est devenu le biais d'expression fétiche de tous ces grands timides qui autrefois auraient plus volontiers fait chauffer les riffs fuzzés à la Dinosaur Jr. ou les entrelacs de lignes claires à la Sarah Records.
Huerco S: HRCS-001
louis vial
Si certains d'entre vous se demandaient ce que faisait Huerco S avant de dealer sa post-house triste et nuageuse à des labels à la pointe de la pointe, eh bien la réponse est la suivante: il produisait déjà une post-house triste et nuageuse, mais sans la dealer à personne. Profitant aujourd'hui de son capital hype croissant et du succès de ses deux derniers maxis (l'un sur Opal Tapes puis repressé sur Boomkat et l'autre sur Proibito sous l'alias Royal Crown Of Sweden), le bidouilleur de Kansas City offre quatre titres enregistrés il y a deux ans et jamais sortis de son home studio.
Daft Punk: Random Access Memories
Olivier Lamm
Voici un article qu'on porte depuis plusieurs jours au bout des lèvres et qu'on s'était interdit d'écrire pour des raisons évidentes: pas envie d'ajouter du bruit au bruit, pas envie de désemberlificoter un avis personnel de la tornade des opinions tranchées et des simagrées, flemme de démêler nos propres idées partagées, éparpillées, presque contradictoires sur le sujet. Mais on a assisté aux débats, on a zigzagué entre beaucoup de longs avis éditorialisés aux petits oignons, et une bonne dizaine de jours après l'ouverture des hostilités, on desespère toujours de lire quelque chose qui ait quelque chose à voir avec notre ressenti, aussi étrange et indécis soit-il. Donc on se lance dans l'arène.
La playlist de la Villette Sonique 2013
Clément Mathon
La programmation sur le site officiel du festival.
Jessica 93 : Who Cares
Clément Ibagne
Il y a quelque chose de pourri au royaume de Teenage Menopause Records. Attention, qu'on s'entende bien, quand je dis pourri, comprenez magnifiquement chaotique. Chaque nouvelle sortie est l'occasion de prêcher l'apocalypse avec un peu plus de conviction, de prolonger la débauche, de pousser l'orgie toujours plus loin. J.C.Satàn, Catholic Spray, Scorpion Violente, chacun y va de sa petite hérésie et alors qu'on pensait avoir tout vu tout entendu, Jessica93 rejoint la secte avec un premier LP, conjointement sur Teenage Menopause, Et Mon Cul C'est Du Tofu? (label au roster à faire tourner de l'oeil et à l'URL la plus belle des interwebs indie français) et Music Fear Satan (disquaire à la cool à Paris). Autant dire une belle oeuvre collective.
Derrière son pseudo de skyblog (rigole pas, on en a trouvé un!), se cache non pas une femme, mais un homme: Geoffroy Laporte, c'est son nom, est le one-man-band le plus shoegazo-ménopausé du crew. Il nous gratifie d'un Who Cares bien cold et bien dark, à ranger quelque part entre Frustration et The Soft Moon. Celui qui en parle le mieux, c'est encore notre très copyrighté e-confrère de J'irai verser du Nuoc-Mam Sur Tes Tripes, Who Cares est un disque où "chaque titre est comme une cigarette tachant le bleu doux de la nuit, fumée lentement et avec abandon avant l'assaut final sur le monde". En un mot, incandescent.
Judah Warsky: Garden of Love
Olivier Lamm
J'ai entendu dire que c'était la journée du nu sur Facebook. Outre le fait que l'existence même de ce genre d'initiatives a minima dans notre monde largement desengagé me surprendra toujours (et que ce ne sont pas les alternatives pour poster des insanités qui manquent), la coïncidence arrange bien mes petites affaires: plus la peine de vous tricoter un pénible laïus analytique sur le régime de l'image destroy dans les vidéo clips des artistes Pan European, il me suffit de vous dire que ce clip mélange fiérots toros bravos mugissant dans la poussière au ralenti et gros plans d'amour saphiques éclairés à la lava lamp pour être pile-poil dans le sujet du jour (et vous faire cliquer plus vite que votre ombre, bande de petits salopiots).
Outre la jolie lingerie des jeunes filles (et un titty flashing remarquable à 1.11), la deuxième vertu de cette collection de séquences coquines réalisée par une certaine Laurie Lassalle est de nous redonner envie d'écouter le joli album joliment intoxiqué du Chicros en goguette Judah Warsky sorti il y a un peu plus d'un an, et notamment de ce joli moment d'intensité placé en avant-dernière position de sa face B. D'autant que les paroles sont piquées à un fameux poème de William Blake, ce vieux pote mystique qui discutait avec les anges en faisant des rondes dans les bas-fonds de Mayfair.
Qu'aurait-il eu à dire sur ces taureaux et ces tétons, le vieux Barde? Dans la mesure où The Garden of Love évoque "le naturel de la sexualité et la manière dont les religions organisées repriment nos désirs naturels", je pense qu'il aurait trouvé ça "cool".
Sensate Focus: 1.6
Clément Ibagne
What's new du côté de chez Sensate Focus ? On vous à déjà parlé de ce sous-label de Mego qui, avec Mark Fell comme seul vrai maître à bord, continue son avancée dans la house music chirurgicale découpée au scalpel. Le projet n'était pas une réelle suprise: Mego et Mark Fell en particulier n'ont jamais cachés leur attache quasi-religieuse pour une production musicale algorithmico-scientifique guindée (je vous laisse aller lire les descriptions des albums de Mark Fell sur le site de Mego, les non-initiés passeront rapidement leur chemin). Le neuf donc, c'est un nouvel EP et un nouveau compagnon de jeux: Sasu Ripatti, qui lui aussi de son côté, mêle depuis longtemps la house à ses ambiances sonores bizarroïdes (voir son audacieux et précurseur Vocalcity sous le nom de Luomo sortie en 2000).
Patrick Vian: Oreknock
Olivier Lamm
De la difficulté de trouver sa voie quand on est fils d'un grand Monsieur, blah blah blah. Comme son patronyme l'indique, Patrick Vian est le fils de Boris, écrivain adoré, songwriter essentiel, chroniqueur-trompettiste-passeur de jazz swing et Dieu jamais oublié de Saint-Germain-des-Prés.
Né au milieu de la Guerre, orphelin de son père dès 1959, Patrick est le contraire d'un enfant de la balle même si Jean-Paul Sartre, via l'affection qu'il portait à sa mère Michelle, le soutint en poussant Red Noise, son premier groupe (catalogué "pre-punk" par internet) dans les revues de l'époque. Ainsi quand il parle aux médias français aujourd'hui, c'est pour évoquer les plats préférés de Papa, Jacques Prévert qui picole à la fenêtre, Sartre qui signe des pa