C'est un film dont en entend parler partout autour du monde depuis qu'il a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs l'an passé et qui ébaubit et fait jaser les spectateurs à peu près partout où il est montré. Pourtant c'est un documentaire, au dispositif très minimaliste, quasiment exclusivement composé d'extraits de films et dont les intervenants n'apparaissent jamais à l'écran. Réalisé par Rodney Ascher, un réalisateur de clips passionné par le cinéma, les images et leurs étranges ondes de choc dans la société (son précédent court, The S from Hell, se concentrait sur les traumatismes causés par le logo de Screen Gems, sous-division de la Columbia pour ses programmes de télévision), Room 237 s'int&
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Room 237
Olivier Lamm
Sophie: Bipp
Olivier Lamm
Oh l'étrange bouzin que voilà. Poussé par Numbers, l'autre label star de la post-bass music neo-house fluo-noire d'Angleterre qui n'est pas Night Slugs, donc (pensez: Mosca, Randomer, Deadboy, les inédits de Rustie), c'est même à la limite de l'illisible. Ce en quoi c'est tout à fait de son époque, vous me direz. Mais un cran au-delà.
Sophie 42ème du nom dans la database discogs et dont on ne sait absolument niquedouille est peut-être bien un petit malin sous capuche, peut-être bien un newbie surdoué en brouillages de pistes, peut-être une cousine aux dents un peu gâtées d'Annie. On s'en fiche, en fait. Entre le fétichisme néon fluo / "soir de derby Arsenal - Tottenham bourré à la London Pride" de Girl Unit, les patterns rythmiques hyper chelous de Jam City et les gros bonbons teen madonna-esques qui zonent en permanence dans les charts anglais, "Bipp" nous semble bien émerger d'un bain très trendy et très contemporain mais nous paume jusque dans notre sacrosainte faculté de juger. C'est-y passionnant? C'est-y affligeant? C'est-y sublime? C'est-y une immondice? Deux certitudes: c'est super bien fait, et en bout de chaîne, ça ne ressemble à rien.
Revue Audimat #1
Clément Ibagne
Nouvelle année, nouvelles éditions. Du festival Toulousain les Siestes Electroniques d'abord, mais aussi du premier volume de la revue Audimat édité par le festival en question et éditorialisé par nos excellents confrères Etienne Menu et Guillaume Heuguet , après un numéro 0 l'année dernière qu'on vous avait vivement encouragé de vous procurer. Pour mémoire, la revue poursuit son petit bonhomme de chemin avec toujours le même mantra: l'ambition de proposer "un discours critique exigeant, sans être abscons, sur la pop music, son histoire, son écoute, sa diffusion dans le monde".
Reveille: Broken Machines
Marlène Boutevin
Première écoute, premières sensations: Reveille est un énième groupe d'indie rock bête à manger du foin. Deuxième écoute, deuxième et troisième sensations: Reveille est un groupe d'indie rock bête à manger du foin sacrément convaincant. Troisième écoute, quatrième, cinquième, sixième sensations: Reveille a l'air d'être un groupe d'indie rock bête à manger du foin mais il se passe quand même tout un tas de trucs bizarres et plutôt inouïes dans leurs chansons. D'indie rock. Bête à manger du foin.
The Cannanes: A Bigger Splash
Olivier Lamm
Oh le joli retour de flammes! Figures pour le moins méconnues de l'indie twee déglinguée à la K records (les Anglais ont un mot intraduisible mais bien plus précis: "shamblers"), les Cannanes de Sydney ont tout de même connu leur heure de gloire au milieu des années 80 suite à un coup de pouce inattendu de la part du NME (pour citer Simon Reynolds en 1987, "They're the Kings of the do it now") jusqu'à être adoubés "Australian indie pop legends" par la postérité made in All Music.
Not a Beat, Not a Scene
Clément Ibagne
Foutue scene Low End Theory, à chaque fois qu'on vous en parle (cf. nos articles sur Flying Lotus, Tokimonsta, Matthewdavid, Jonwayne, Gaslamp Killer...), on s'emmêle un peu plus les pinceaux à essayer de vous l'expliquer. Ni rap, ni abstract, ni electronica, ni techno, ni psychélique, ni pop, ni jazz, ni dubstep, ni J Dilla mais un peu beaucoup tout ça à la fois, cette bande informe de poilus bidouilleurs de MPC fumeurs d'hydroponique fait une musique reconnaissable entre un million
Bernard Parmegiani: Accident / Harmoniques
Olivier Lamm
On est bien sûr tous d'accords que les listes de must-have, les "discothèques idéales" et les desert island lists professorales sont plus que jamais une aberration. La profusion sur Internet nous a tous transformés en diggers potentiels (j'ai bien dit potentiels) et les labyrinthes de musique rare qu'on a eu le bonheur de redécouvrir pendant la parenthèse enchantée de ces 10 dernières années ont pour ainsi dire rendu obsolète la notion même de "chef d'oeuvre". Et pourtant.
J'ai envie de dire, De Natura Sonorum est un item absolument indispensable à toute discothèque électronique qui se respecte. Et je ne parle pas que des barbichus qui collectionnent les premiers pressages de Magison ou de Prospective 21ème siècle, non; je vais trahir un autre principe en écrivant ça, mais tous les gens qui ont au moins un disque d'Autechre, Model 500 ou Jean-Michel Jarre qu'ils chérissent à la maison aussi devrait avoir un exemplaire physique d'un disque de Parmegiani, et si possible son De Natura Sonorum de 1975, même en disque compact, même dans cette version de 1990 avec cette pochette apte à transformer la rétine en crème caramel, si possible dans la superbe réédition LP que nous propose aujourd'hui la Recollection GRM des Editions Mego.
Panier de crabes #3
The Drone
Untold "That Horn Track" (Unreleased)
Tombé du trou du cul de nulle part, un inédit cadeau par notre sixième producteur anglais préféré de ces 5 dernières années. La plus belle purée de beats de la semaine, haut la main, et on sait même pas si ça sort un jour.
Alden Tyrell & Gerd feat. Jessy Allen "Luv Thang" (4Lux)
Ça fait un moment que le soundcloud est dispo mais le vrai disque en plastique vient de sortir: le nouvel épisodes des aventures jackin' house de Rotterdam comme on en osait plus en rêver, par le grand Alden et son vieux pote Gert-Jan Bijl. Curieusement moderne avec un je-ne-sais-quoi de fragrance UK 90s (cette bassline!), franchement roboratif, c'est le plus bel ersatz de Chicago House entendu depuis des mois.
Joey Anderson "Musical Tentacles" (Inimeg)
Le plus low key des gens du cénacle minimaldeephousecradoanalotechnotruc de NYC (Levon Vincent, Jus-Ed, Fred P, DJ Qu) revient avec un superbe maxi sur son propre label. "Musical Tentacles" réalise l'exploit d'être à la fois céleste et salace. Sinon vous avez bien téléchargé le Dronecast qu'il avait enregistré pour nous?
MGUN - Tritan (Don't Be Afraid)
La jeune génération de Detroit fait sa house avec des casio et des decks cassette. Bon là c'est un peu plus clean mais on tient à notre marronnier. Et on vous signale que le poupou a rejoint l'équipe d'UR. Passage de flambeau?
Todd Terje "Strandbar (Samba Version)" (Olsen Records)
Un riddim samba, un ostinato de piano midi, un petit gimmick acid passée dans un chorus: le nouveau tube de Todd est à la fois balearic à mort et glacial, anal et decomplexé, coincé entre le "Belo Horizonti" de Basement Jaxx et, euh, le "Strings of Life" de Derrick May. Paradoxal et superbe. Préférez cette version à la version "disko", elle assume beaucoup mieux son côté folle pétée.
Deetron - Can't Love You More (Music Man Records)
Oh la jolie tranche de tech house monoï que voilà. Signée du Suisse-à-tout faire Deetron (qui a dit couteau suisse?), ça bouge comme un morceau vulgaire (le mec a son lot de croûtes) mais sur des matières dignes et croustillantes comme celles de Moodymann. C'est encore une fois le très beau label belge Music Man qui s'y colle.
Dusky "Vanishing Point" (Naked Naked)
Il y a quelque chose dans l'air avec les poupons brittons qui font de la house. Comme Disclosure, Dusky sont rasés de près, comme Disclosure, Dusky hésitent entre UK house deep et technologique et hardbag Burger King, comme Disclosure, Dusky font grincer les dents de l'underground. C'est bien que ça arrive.
Benjamin Damage vs. Robert Hood "Delirium Tremens Remix" (50 Weapons)
Encore Robert Hood? Ouais, encore Robert Hood. Parce qu'au-delà de l'étonnant entrelacement de scènes et de nations que ce remixe illustre (un Gallois qui sort ses disques sur le sous-label bass techno de Modeselektor remixé par un Dieu de Detroit? Check), il nous met la misère: une boucle de voix, une boucle de chords, une boucle de Detroit, le gars n'a besoin de rien de plus pour nous faire oublier tout ce qu'on a entendu d'autre cette semaine. Ah si, d'un mechant kick, quand même.
Forward Strategy Group - Code 3 (Perc Trax)
A l'aise blaise chez Perc Trax, les deux écossais de FSG font dans la haute-dentelle façon Caterpillar: "A snare that could floor a toddler from 50 paces”.
Atom™: "Gnd ∞ Live @ Berghain 25.5.2013" (Unreleased)
On déroge pour une fois à notre credo pro-consumériste: ces 5.45 de musique ne s'achètent nulle part puisqu'elles sont extraites du nouveau live d'Uwe Schmidt. Mais on vous les colle quand même: parce qu'il a eu la gentillesse de nous l'uploader sur soundcloud, parce que c'est beau, et parce que ça présage de belles choses s'il repasse bientôt par chez nous.
Phoenix vs. Soul Clap "Trying To Be Cool"
Etonnant revirement de carrière de la part de Soul Clap qui se mettent à la dark techno big room teintée de bruitisme. (Non on déconne. Mais les synthés dauphin flûte de pan sont cool).
DJ Slugo: Watch Me Juke
Clément Ibagne
Alors à quoi ça peut ressembler du DJ Slugo de 2013? Figurez-vous que pas plus tard que le weekend dernier, je me déhanchais encore en chaussettes sur le Jefferson Ave. (The Accelerated Funk) de DJ Assault, grand (et euh, unique) ambassadeur de la ghettotech de Detroit. Mes plus bas-instinct ravivés par le printemps, imaginez mon regard lubrique lorsque j'apprends en sus la sortie imminente d'un nouvel EP de son bro de Chicago DJ Slugo, sur le label australien (SIC) Thug Records. Autant vous dire que ledit EP tombe à pic dans ma vie. Car le bonhomme n'avait rien pondu depuis quelques années si l'on met de côté les rééditions des Ghetto Classics (avec DJ Deeon, son ami partouzeur du dancefloor et docteur ès Ghetto Music).
Si ce retour m'intéresse autant, c'est que Thomas Kendricks a un sacré background: non content d'être l'un des grands noms de la ghetto house du début des années 90 avec ses sorties sur Dance Mania, il a donné un second souffle au genre dans les années 2000 en faisant la jonction historique avec la juke music et ses battles de footwork qui ont peu à peu séduit le tout underground de la Windy City.
George Issakidis: Karezza (official video)
Clément Ibagne
Le truc le plus frappant, finalement, dans l'album d'Issakidis, c'est son étrange aspect curatif: son jusqu'au boutisme formel (morceaux à rallonges, vrombissements monotones persistants jusqu'à l'ivresse) évoque moins un geste expérimental qu'un voyage, une expérience littéralement sensorielle. C'est bête à dire après les embarrassantes expériences sonores de la musique new-age, mais Karezza est un vrai disque à "méditer". Largement conçu en temps réel, dans un "état alterné de conscience", il s'inscrit dans une démarche intime de son auteur qui déborde largement des limites du phénomène sonore et de la musique. C'est ce qu'on vérifie dans le clip du morceau-titre "Karezza", tourné par ses soins dans son Vancouver natal: un clip-trip qui nous fait sérieusement nous poser des questions quant à la complaisance de notre usage presque quotidien du mot "psychédélique".