On a causé un peu avec Chris Cohen à l'occasion de la sortie de son nouvel album

Comme ses autres disques, As If Apart est un chef-d'œuvre de bedroom pop à l'américaine.

08.06.2016, par

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La pochette du deuxième album de Chris Cohen, As if apart, est illustrée par une peinture montrant un petit personnage solitaire (au milieu d’autres petits personnages solitaires), suivi par une ombre, la sienne, gigantesque. On pourrait y voir une métaphore du potentiel merveilleux que charrie avec lui le musicien de Los Angeles, autant que de la noirceur (le spleen, la mélancolie) qui accompagne généralement sa musique, les deux se tenant par la main, et marchant côte à côte.

Chanteur, multi-instrumentiste, producteur, l’ancien membre de Deerhoof (entre 2002 et 2006), des Curtains (avec Trevor Shimizu) et de Cryptacize (avec Nedelle Torrisi, pour deux sublimes albums de dreampop amoureuse), également accompagnateur indispensable des premières heures glorieuses d’Ariel Pink ou de Cass McCombs, a enregistré deux albums sous son propre nom (sur une suggestion de son label Captured Tracks, qui se refuse à signer des artistes ayant déjà sorti des disques ailleurs). Overgrown Path (2012) et donc, désormais, As if apart, sont d’ores et déjà des classiques de ce que d’aucuns appellent "bedroom-pop", genre assez brumeux qui irait de Mac DeMarco à Mild High Club, en passant par Kurt Vile ou même Beach House, mais que l’on verrait plutôt trouver sa source dans le "In my room" de Brian Wilson ou le "Lady" de son frère Dennis, les trips 60’s des Byrds ou la folk introspective de Laurel Canyon. Cette musique de chambre dépasse en tout cas largement les frontières de l’intime ou de la côte Ouest et a su toucher un petit (mais attentif, amical) public de lonely hearts.

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Car, sans être forcément beatlesienne, la musique de Chris Cohen a bien cette capacité propre à la pop-music de consoler et de faire se sentir moins seul, même dans la tristesse de la séparation ou de la perte, grandes thématiques de ce nouvel album. Chantées d’une voix blanche quasi atonale, ces nouvelles chansons donnent parfois l’impression d’un Chris Cohen passant sa vie à côté de ses émotions ("as if apart", donc), en spectateur oblique, apathique et un peu ahuri (comme dans le clip du morceau-titre ci-dessous), outsider solitaire ou excentré, et pourtant toujours très précis et présent dans l’ici et maintenant de l’interprétation, la neutralité apparente rendant plus vifs encore les menus détails expressifs et l’immense douceur de l’ensemble.

La suavité de la production (Cohen a joué et enregistré tous les instruments) et le sens des effets (réverbérations pointillistes, échos à bandes impromptus, flangers sur les côtés, accords de pianos redoublés aux synthétiseurs, dissonances lointaines) filent la récurrente métaphore picturale (dans la chanson Memory, notamment), le musicien jouant des harmonies, des textures et des mots ("Images under indigo undulating sea", sur Torrey Pine, par exemple) en impressionniste, c’est-à-dire imprimant durablement dans l’esprit de l’auditeur des sensations aussi précises que rêveuses, mystérieuses, assez magiques.



Guitares savantes, claires ou brouillées, cymbales frottées, caisses claires humides, ronds de basses et accords de claviers plaqués-décalés, glissant de Thelonious Monk à Steve Reich, soulignent les descentes chromatiques du chant, de vert-de-gris à aigre-doux, de doux-amer à mer de sable, en mesures composées, binaires ou ternaires, ou suivant des tempi qu’on ne suit plus, mais qui nous portent gracieusement en valses codéinées ("Needle And Thread"), psychédélisme léger, complexité sans ostentation. D’une vraie chanson de désespoir ("Sun Has Gone Away"), debout sur la pédale de sustain du piano, au constat doux-amer que le meilleur est derrière soi ("Yesterdays On My Mind"), on aura rarement entendu désenchantement plus enchanteur. On a envoyé (avec Olivier Lamm) quelques questions à Chris Cohen, il nous a envoyé quelques réponses.

Comment t’es-tu porté ces trois dernières années ? Ton activité de musicien te permet-elle de gagner ta vie ? Et, plus important, d’être heureux ?
Chris Cohen : Je ne gagne pas ma vie grâce à la musique, mais je pense que la vie est vraiment bonne. Il y a eu des moments difficiles, mais rien que je ne pouvais dépasser. Merci de demander. En fait, je me sens souvent très mal en faisant de la musique, mais une fois que c’est fait, enregistré, alors elle me fait du bien, car c’est une chose nouvelle qui est sortie de nulle part. Et ça me transforme aussi en tant que personne.

D’où vient ce titre As if apart ("Comme si à part") ? Reflète-il ta position en tant que musicien (discret, rare) ou ton point de vue plus "psychologique" sur les choses (oblique, extérieur) ?
Le titre vient de Analogies to Differ, du poète Andrew Maxwell. J’aimais surtout le son de cette expression. Et ça me semblait être une bonne image de ma musique, comme faite "à part". Mais l’album pourrait aussi avoir été appelé "As if a part", comme une "part" qui ferait partie d’un tout mais qui en serait aussi séparée.

En produisant le disque, avais-tu des références esthétiques ou des modèles à l'esprit ? Dire que As If Apart sonne rétro serait faux bien sûr, mais ton utilisation des échos à bandes et de pianos fortement modifiés rappelle combien tu aimais la pop de la fin des années 50 et du début des années 60 à un moment donné ...  
Il y avait quelques références que j'avais à l'esprit, comme des sons que je voulais entendre, en particulier en utilisant des synthétiseurs. C’est difficile à décrire. Une influence esthétique a clairement été le compositeur Hubert S. Howe Jr et sa belle musique de synthétiseur filtrée. Je suppose que ce que je fais la plupart du temps est de tenter de mettre différentes esthétiques ensemble pour voir ce qu’elles vont donner, en espérant que ça va coller et produire quelque chose de nouveau.

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Il semble que "doux-amer" soit vraiment la saveur de tes productions récentes. Peux-tu analyser pourquoi ? (c’est-à- dire pourquoi ce n’est pas de la musique vraiment joyeuse ni de la musique complétement sombre ?)  
C'est cool que vous l’entendiez de cette façon. Je ressens beaucoup de choses dans la vie de cette manière, douce-amère, comme si les choses avaient toujours un coût ou un effet inattendu… Ça donne une sensation subtile qu’il est difficile d’exprimer ou de comprendre. Mais je ne me situerais pas, en tant que personne, assis au milieu d'un spectre d'amertume et de douceur. Je pense juste que beaucoup de musiques ont tendance à se détourner de ce genre d'émotions composées que nous ressentons tous parfois.

Beaucoup de ces nouvelles chansons semblent être liées à la mémoire, aux souvenirs intimes ("Memory", "Yesterdays in my mind"). A quel point dirais-tu que la musique est un art de la mémoire (avec son flux ou ses chemins particuliers) ? Est-elle liée à la nostalgie pour toi ?
Il me semble que la mémoire fait partie de la plupart des choses humaines – donc je ne pense pas que ma musique soit unique en ce sens. En général, je veux parler de moi-même hors du sentiment que le temps passe à travers nous. J’aime à penser différents lieux ou différentes époques en essayant de les sentir présents ici et maintenant.

La biographie donnée pour ton album postule que "As If apart dérègle les paresseuses conventions pop". Penses-tu qu’il y ait des conventions pop particulièrement "paresseuses", et toi-même travailles-tu beaucoup pour dérégler ces conventions, justement ?
Je pense que le travail à produire pour faire de la musique pop n'a pas d'importance aussi longtemps que cela sonne bien ou donne un bon feeling. Mais je me considère comme un travailleur acharné. Je vais tout essayer pour réaliser ce que j’ai en tête, et la plupart de mes idées ne marchent pas comme prévu. Je n'aime pas généralement qu’il y ait des changements d’accords trop prévisibles ou des mélodies trop familières, mais j’aime bien les beats assez communs et de nombreux timbres musicaux communs. Ça n'a pas d'importance pour moi si quelque chose est facile ou difficile, conventionnel ou non-conventionnel, tant que c’est fait avec le bon esprit…

As-tu suivi les dernières expérimentations de la pop mainstream U.S. ? Et si oui, les as-tu trouvées intéressantes ?
Ha ! Comme quoi pas exemple ? Je ne suis presque rien.

Comme Kanye West ? Beyoncé ? Donald Trump ?
Je suis les élections, mais je ne sais pas pourquoi, elles ne sont pas beaucoup mieux que la musique pop. J’aime Beyoncé comme tout le monde, je suppose…

En concert :
9/09 : Nantes - Madame Rêve
10/09 : Saintes - Coconut Festival
20/09 : Tourcoing - Le grand Mix
21/09 : Metz - Les Trinitaires
22/09 : Paris - Point Ephémère

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Commentaires
3
09.06.2016 par bibi :
punaise, vous avez raison, comment il a assuré sur la prod. c'est d'une fluidité irritante (cf. jalousie).
13.06.2016 par moesgaard :
Bin voilà, un peu de premier degré et de bonne foi, ça fait du bien de temps en temps ;)
13.06.2016 par moesgaard :
Bin voilà, un peu de premier degré et de bonne foi, ça fait du bien de temps en temps ;)
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