Deux petites années pour entrer dans la légende. C'était surement peu cher payé aux yeux du destin, qui fera de Silver Apples un groupe définitivement maudit pour l'éternité.
Fondé en 1967 (la même année que le Silver Apples of the Moon de Morton Subotnick) sur les cendres d’un groupe de rock des plus classiques, le duo new-yorkais a su anticiper le futur par une formule batterie – oscillateur qui servira de brouillon au Krautrock allemand, la dance music au sens large, et plus ou moins n’importe quel groupe tenté d’incorporer des sons électroniques comme éléments mélodiques.
Silver Apples n’est cependant jamais devenu Kraftwerk.
Simeon Coxe, l’homme derrière les machines, doit avoir le cœur lourd à chaque fois qu’il monte dans un avion en repensant à la pochette de leur deuxième album Contact. Présentant le groupe aux commandes d’un jet de la Pan Am, puis au verso, assis sur les ruines de l’avion en jouant du banjo, la pochette n’a pas été au goût de la compagnie aérienne. Celle-ci somme le label de retirer tous les disques des bacs et engage des poursuites contre le groupe lui-même, allant jusqu’à leur confisquer leur matériel et les mettre au chômage technique, seulement deux ans après leurs débuts.
Simeon et le batteur Danny Taylor se séparent dans la foulée. Ils ne se retrouveront qu’une vingtaine d’années plus tard, après s’être rendus compte de l’impact considérable que Silver Apples avait eu sur la musique, même pendant leur absence. Cette reformation, accompagnée d’une tournée des grands ducs, aura été de courte durée puisqu’à la sortie d’un concert, un terrible accident de la route transformera le tourbus de Silver Apples en compression de César. Très grièvement blessé, Simeon passera plusieurs années en rééducation, ce qui le poussera à mettre, une fois de plus, le groupe en pause pour une durée indéterminée.
Finalement remis sur pied malgré des séquelles physiques irréversibles (insensibilité des mains, paralysie partielle) Simeon n’aura même pas le temps de reformer le line-up originel du groupe puisque Danny Taylor meurt d’une crise cardiaque en 2005.
Si avoir du génie pouvait servir de rempart à la scoumoune, l’histoire de Silver Apples aurait été complètement différente. Qui sait ce qu’aurait pu créer le duo après l’avènement de groupes comme Kraftwerk, Suicide ou Add n to (X) ? Voici le récit d’une carrière gachée, légendaire, une histoire de deux ans imprévisible et aléatoire, comme le son d'un oscillateur.