Combien sont-ils, dans la house française, à avoir fait muter la French Touch sans la renier? Ici, on les compte sur les doigts de la main: I:Cube, Jackson, Krikor, Pépé Bradock... Et puis le grand Georges Issakidis. Affilié à la scène par ses amitiés (les gens du Pulp et de Kill the DJ) et sa collaboration dans The Micronauts avec Christophe Monnier, auto-posté sur sur la touche pour son amour du matos rare et des logiciels de pointe, "le plus grand excentrique de la scène électronique française" (dixit cette bio) fait surtout partie des plus farouches inventeurs de formes de notre exception culturelle électronique. A la fois savant, virilement indus et irresistiblement lascif, plein de funk et de matières instables, son midtempo gris-coloré parade exactement à mi-chemin de Moroder et Autechre. La seule rançon de cette merveilleuse singularité musicale élaborée loin des modes et des banquets, c'est sa rareté.
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house
".Issakidis: Karezza
Olivier Lamm
Julio Bashmore / Kowton: Mirror Song
Olivier Lamm
Les mecs sont malins. Ils ont un morceau avec le mot "miroir" dans le titre à mettre en images, alors ils remontent direct à la source de la source des belles images avec des miroirs dedans.
Moment iconique du film noir en général et du cinéma d'Orson Welles en particulier, la scène finale de La Dame de Shanghai a tellement essaimé dans le cinéma et dans nos têtes que les remonter chichement dans iMovies a quelque chose du sacrilège obscurantiste (pour une raison que je ne m'explique pas, j'ai cette case en tête tirée de Superdupont dans laquelle Bruce Lee porte le coup de grâce au super-héros de Gotlib et Lob héros en versant des glaçons dans son ballon de Pomerol).
Andre Bratten: Aegis
Olivier Lamm
Même sans nouvelle photo à vous coller ci-contre, on ne resiste pas à l'envie d'en remettre une deuxième couche sur le newcomer Andre Bratten et son premier album à sortir illico sur Full Pupp. Pourquoi? On vous avoue qu'on ne l'a toujours pas en entier sur le disque dur mais on est tombés sur ce deuxième extrait et on tombé raide amoureux. Pourtant c'était pas gagné: le pattern de la boîte à rythmes est un peu brinquebalant, l'enchaînement d'accords à mi-chemin d'un mauvais maxi sur Kompakt en 2006 et d'une vilaine chanson italienne et la montée en intensité à la limite de la blagounette tech house.
Mais l'amour est plus fort que le purisme et "Aegis" est cette chouette fille un peu mal fringuée, un peu sauvage et avec un cornichon à la place du nez qui sait se rendre adorable avec des arguments finalement bien plus subtils qu'une taille de guêpe et un sourire impeccable. Comme Jennifer Jason Leigh dans "Ça chauffe au lycée Ridgemont" (c'est la fille que j'ai en tête), "Aegis" est juvénile, un peu vulgaire et un peu inconscient mais ça ne nous le rend évidemment que plus attachant. On risque même un petit plan sur la comète et on lui prédit un destin de hit dans les afters, pourquoi pas le même que celui de l'"I Feel Space" de son mentor Lindstrøm.
Xosar: The Calling
Olivier Lamm
Suite des aventures étranges et réjouissantes de la charmante Xosar, qui n'en finit pas de nous étonner par sa faculté surnaturelle à faire de la bonne house vintage et des âneries. Son quatrième maxi solo sous le bras, la BFF de Legowelt a surtout passé ses deux ou trois derniers weekends à bricoler un clip pour "The Calling". Une fois de plus c'est aussi zarbi qu'irresistible.
MMM: Que Barbaro
Olivier Lamm
Question qui fâche du jour: MMM méritent-ils vraiment la hype démesurée qui entoure systématiquement les sorties de leurs maxis? Parce qu'on parle tout de même de deux Allemands quarantenaires tout frêles, aux cheveux poivres et sel, dont le premier (Fiedel) a un seul maxi solo à son actif en quinze ans de carrière et le deuxième (Erik Wiegand) est certes un poil plus productif (voir son oeuvre démoniaque en solo et ses disques avec Soundhack) mais est avant tout un informaticien qui mixe avec un crayon virtuel et une palette graphique. Pourquoi donc la house, la vraie, avec son cortège d'oiseaux sexy et de ghetto credibility, aurait-elle choisie ces deux clampins teutons pour s'incarner un peu plus fort qu'ailleurs?
Joy Orbison: Donell
Olivier Lamm
D'après ce que me dit Internet, cet inédit de Joy Orbison circule depuis pas mal de temps dans les airs. Bricolé en mode VIP, c'est même à peine un inédit: plutôt un edit un peu laidback et un hommage très, disons, personnel à Donell Jones, belle gueule à chapeau du r'n'b 90's disparu dans les arcanes avec le règne de Timbaland et des Neptunes (je schématise, c'est un blog).
Mais les jolis feulements de Donell aidant (signalons que feu Left-Eye de TLC, qui était sur l'orginal, est passée à la trappe), l'edit laidback est devenu un petit banger. Pour vous situer sur une échelle de 1 à 10 son quotient d'efficience sur une piste de danse, il existe des disc jockeys dans le monde qui ont pris la peine de le ripper depuis son mix pour Resident Advisor d'octobre dernier pour le jouer dans leurs propres sets. Quoi en dire sinon? Derrière l'acapella, c'est une jolie plage de house laidback, produite avec un kit 100% UK Garage (kick profond, snares en chips) et le mélange est adorable. Comme Joy O' est bien luné et qu'il l'a mise en dl gratuit sur son soundcloud, vous feriez bien de vous grouiller d'aller l'y gratter.
Disclosure: You & Me ft. Eliza Doolittle
Clément Ibagne
Selon Google Traduction, "disclosure" signifie une révélation. Et depuis l'année dernière, le groupe de Brighton est effectivement partout, playlisté par du beau monde (de Gilles Peterson à Annie Mac), relégué par les beaux gros médias (sur les ondes de Nova, dans les pages de Tsugi ou Trax), remixé par des beaux artistes (dont Dixon, boss d'Innervisions) et distribué par un beau label, le Greco-Roman de Joe 'Hot Chip' Goddard... On connaît le phénomène par coeur (le buzz qui monte des tréfonds du volcan pour éclabousser à la face du monde) et on est presque content de le déchiffrer aussi facilement. Annoncé en grandes pompes la semaine dernière, Settle, premier album à sortir en juin, concentre à la fois les espoirs de la hype, trop heureuse de sortir de ses souterrains un vrai album crossover en main, et de l'industrie phonographique, qui espère bien voir ses poulains péter le Billboard à moindres frais (et c'est bien parti pour). Pour résumer ce blurb copié-collé sur Wikipedia, Disclosure est à la fois "hipster-friendly" et un potentiel "chart-dominator".
Andre Bratten: Libra
Olivier Lamm
L'été dernier, le gars Todd Terje, jusque-là connu comme sous-officier sympa de la petite scène nü disco norvégienne, a fait un gros tube. Ça s'appellait bien sûr "Inspector Norse", vous l'avez entendu partout, dans des bars, dans des boîtes et dans des vernissages de merde et heureusement pour notre santé mentale à tous, c'était un bon morceau. Curieusement, la bombinette italo était le résultat d'expérimentations plus ou moins hasardeuses avec un ARP 2600, synthé semi-modulaire de légende de la firme américaine ARP notamment utilisé par Patrick Gleeson sur le mythique Sextant de Herbie Hancock. Vous me direz, quand on a le Studio 54 dans la tête, peu importe le bidule qu'on a sous la main, à la fin de la journée de boulot, c'est soirée disco.
Pour son compagnon de studio Andre Bratten, c'est exactement pareil: en bon nerd qu'il semble être (voir photo ci-contre), notre newcomer total dit avoir composé l'intégralité de son tout premier Be A Man You Ant LP sur un seul gros synthé (kicks, snare et cymbales y compris) mais heureusement pour les types sur la piste de danse, ça ne s'entend pas une seconde. Le "Libra" qu'on écoute aujourd'hui est une jolie petite odyssée cosmic balearic truc typique, pulsée par une bassline non moins typique à la Moroder et agrémentée d'une jolie petite mélodie-cerise à la limite du croquignolet. Ça sort sur le Full Pupp de Prins Thomas, évidemment.
Miles Whittaker: Faint Hearted
Olivier Lamm
Gros regain d'activités dans le camp des diggers de noir de Demdike Stare! En deux mois, on a eu droit à un beau mix mystère sur cassette noire qui commence avec la 23ème plus belle b.o. de Morricone, un maxi dark jungle complètement pété et nonchalamment titré "Test Pressings" et donc cet inattendu Faint Hearted ("petite nature"), premier album de Miles Whittaker en solo et sous son nom après dix ans de discographie sous couvert (MLZ, Millie, Suum Cuique ou avec Gary Howell dans l'étrange Pendle Coven).
The Emperor Machine vs. Andrew Weatherall: Like A Machine
Olivier Lamm
Je suis trop content. Une fois n'est pas coutume, je peux utiliser l'expression "les grands esprits se rencontrent" dans un article. Je veux dire, si je ne peux pas l'utiliser dans un article qui parle d'un remix d'Emperor Machine par Andrew Weatherall, je ne pourrai jamais l'utiliser ailleurs.