Je vous parlais il y a trois jours du tropisme de la jeune génération pour le son Metalheadz, voilà qui me conforte dans ma théorie: derrière ses atours de flaque de mercure, ce "Funny Love" doit tous ses tons et son ambiance à sa nappe nébuleuse et abyssale, directement tombée de ces tracks de deep jungle dystopique dont les wonderkids de Metalheadz en premier avaient le secret.
Bien sûr Kevin Martin était déjà un daron pour les junglists de 93 (faut-il vous rappeler The Bug, Techno Animal, Ice et tous les autres projets de cet Andrew Weatherall du dub industriel?) et il n'a jamais donné directement dans le découpage d'amen breaks à 160 BPM; quelque chose pourtant dans King Midas Sound, le trio qu'il forme avec les vocalistes Roger Robinson et Kiki Hitomi de Dokkebi Q, sent le Londres mid 90s par tous les pores.
Affiliable à l'école Massive Attack du dub pour la voix de Robinson et à la vieille école Ninja Tune pour les tempi, la musique chafouine du trio d'en distingue pourtant par ce je-ne-sais-quoi de hardcore et d'anti-lounge qui nous fait voir Blade Runner et des scènes de guerrilla urbaines même dans ses déploiements ambient et ses tapis de vocalises à la limite de l'horreur nu soul. "Funny Love" est d'ores et déjà le morceau le plus beau du Aroo EP, à sortir le 20 avril qui vient pour le Record Store Day.
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jungle
".King Midas Sound: Funny Love
Olivier Lamm
Doc Scott: Narratives Music Podcast 004
Olivier Lamm
Raime qui vont déranger Source Direct dans leur retraite paisible, Regis qui fait des mixes 100% jungle quand ça lui chante, la Redbull Music Academy qui consacre une longue interview croisée aux légendaires soirées Metalheadz au Blue Note de Londres: il se passe quelque chose avec le Metalheadz sound et quelque chose me dit qu'il ne s'agit pas que d'une histoire de cycles.
Car Metalheadz, c'était bien plus que "le label de Goldie, Kemistry et Storm": c'était la Silicon Valley de la scène, le peloton de tête qui se la pète, une usine de transformers. Je ne suis probablement pas tout à fait objectif mais contrairement à 80% des machins émergés des scènes jungle, drum and bass ou techstep entre 93 et 98, la majorité des références du label à son pinacle me semblent n'avoir pris aucune ride - que les amateurs de bass music contemporaine jettent une oreille à ça, ça ou ça et me jettent l'opprobre si je dis n'importe quoi. Du coup l'âge d'or du label et de la myriade des petites structures dirigées par les artistes qui y étaient affiliés (Infrared, Source Direct, 31, Photek Records, Valve...) semblent faire le socle le plus large et le plus épais de la nouvelle génération électronique anglaise: de Om Unit à A1 Bassline, de Demdike Stare à Lee Gamble, tous se rêvent en neo-junglists d'un nouvel âge d'or créatif où l'on pourrait de nouveau utiliser les mots "future", "forward" et "booyaka" sans faire rigoler personne. Quelque chose me dit donc que ce mix du vétéran Doc Scott va être accueilli moins froidement que s'il était sorti il y a six mois.
Lee Gamble: Nowhen Hooks (update)
Olivier Lamm
Où pousse la mousse cet automne? On a elliptiquement répondu à la question il y a quelques jours en vous parlant du cortège informe qui trépigne autour du Pan de Bill Kouligas, en insurrection volubile contre les frontières utilitaires qui séparent encore les écoles post-industrielles de L'Enfer des pousseurs de beats élégiaques de la rave party.
Le Britannique Lee Gamble, qu'on ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam il y a encore quelques jours, est pile poil au milieu de cette Zone puisqu'il a passé son adolescence à mixer de la jungle sur les radios pirate avant de passer à la musique acousmatique, aux logiciels de synthèse très compliqués à la musique improvisée sur ordinateur.
Simon Reynolds
Squarepusher : Dark Steering
Clément Mathon
Après débat au bureau, on va saucissonner les grandes heures de Squarepusher entre 1996 (Feed Me Weird Things) et 2002 (Do You Know Squarepusher). Un run de six ans pendant lequel l'Anglais aura donné à la génération proto-digitale le glitch malin à la triple croche qu'elle attendait au sortir de l'acid house.
Et derrière, plus rien. Thomas Jenkinson s'est fait tristement rattrapper par son éducation free jazz et son délire musique concrète.
Le voilà de retour avec Ufabulum, une tentative pop vaguement dubstepeuse dont on se réjouit. Squarepusher a mis de l'eau dans sa jungle, et c'est mignon. Ca sort mi-mai.
Welcome to the Jungle
Olivier Lamm
"It's allright, it brings all the kids together, doesn't it?"
Voilà donc une bonne petite tranche de vie londonienne mid 90s qui donnerait presque envie d'aller danser entre deux barres en béton.
A des miles des reportages officiels réalisés par la téloche de l'époque, "Welcome to the Jungle" est un chouette petit docu sur la scène jungle londonienne et plus notamment Rude FM, radio pirate super emblématique du genre, mais filmé de l'intérieur, sans star ni fard ni grillz en or massif.
Comme nous sommes en 1995, la jungle fixe encore la vie et l'excitation de toute la jeunesse locale, et ça se ressent jusque dans le montage et les microtrottoirs, particulièrement funky et délectables. On remercie le nerd Gold Seal Stable et le blog français True School Ways de nous replonger douze minutes dans cette époque magique où le futur avait l'air de couler des sillons de vinyle et des circuits imprimés d'Atari 1040 ST.
Zomby : Nothing
Charline Lecarpentier
Il fallait être à moitié mort pour rater Dedication, second album du producteur anglais nourri de restes de la jungle, du dubstep et du garage. Sorti en juillet, il pouvait même prétendre à une petite place dans notre discothèque à côté de Zombie Zombie et Zombi, même s’il n’a pas choisi comme eux de retourner le cimetière du Krautrock, préférant les raves, comme le prouvait déjà en 2008 son tout premier album Where Were U in ’92?.
Le retour du Zomby aura mis peu de temps à arriver : il revient le 28 novembre avec 7 titres sur le court album Nothing, sur le label 4ad. Le titre Labyrinth ouvre idéalement ce disque dont il sera à nouveau difficile de sortir entier. L’écoute se passe ci-dessous ou sur le site du label.