On est bien sûr tous d'accords que les listes de must-have, les "discothèques idéales" et les desert island lists professorales sont plus que jamais une aberration. La profusion sur Internet nous a tous transformés en diggers potentiels (j'ai bien dit potentiels) et les labyrinthes de musique rare qu'on a eu le bonheur de redécouvrir pendant la parenthèse enchantée de ces 10 dernières années ont pour ainsi dire rendu obsolète la notion même de "chef d'oeuvre". Et pourtant.
J'ai envie de dire, De Natura Sonorum est un item absolument indispensable à toute discothèque électronique qui se respecte. Et je ne parle pas que des barbichus qui collectionnent les premiers pressages de Magison ou de Prospective 21ème siècle, non; je vais trahir un autre principe en écrivant ça, mais tous les gens qui ont au moins un disque d'Autechre, Model 500 ou Jean-Michel Jarre qu'ils chérissent à la maison aussi devrait avoir un exemplaire physique d'un disque de Parmegiani, et si possible son De Natura Sonorum de 1975, même en disque compact, même dans cette version de 1990 avec cette pochette apte à transformer la rétine en crème caramel, si possible dans la superbe réédition LP que nous propose aujourd'hui la Recollection GRM des Editions Mego.
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".Bernard Parmegiani: Accident / Harmoniques
Olivier Lamm
Patrick Vian: Oreknock
Olivier Lamm
De la difficulté de trouver sa voie quand on est fils d'un grand Monsieur, blah blah blah. Comme son patronyme l'indique, Patrick Vian est le fils de Boris, écrivain adoré, songwriter essentiel, chroniqueur-trompettiste-passeur de jazz swing et Dieu jamais oublié de Saint-Germain-des-Prés.
Né au milieu de la Guerre, orphelin de son père dès 1959, Patrick est le contraire d'un enfant de la balle même si Jean-Paul Sartre, via l'affection qu'il portait à sa mère Michelle, le soutint en poussant Red Noise, son premier groupe (catalogué "pre-punk" par internet) dans les revues de l'époque. Ainsi quand il parle aux médias français aujourd'hui, c'est pour évoquer les plats préférés de Papa, Jacques Prévert qui picole à la fenêtre, Sartre qui signe des pa
Mammane Sani et son orgue: La musique électronique du Niger
Olivier Lamm
Niger + musique folklorique + 70s + musique électronique? Si on a pas là la réédition digger du printemps, je me coupe un doigt. Ressuscité par Christopher Kirkley du blog/label Sahel Sounds, le seul et unique album de Mammane Sanni Abdoulaye est une rareté folle émergée d'un des creusets musicaux les moins connus d'Afrique de l'Ouest.
Enregistré en 1978 dans les locaux de la Radio nationale, "Vol. No. 1" était supposé vanter la vitalité de la musique nigérienne, entre engouement moderniste pour le son synthétique et étendard de la tradition. Derrière leur étrangeté formelle, la plupart des morceaux sont en effet des relectures à l'orgue de divers standards fokloriques des dizaines d'ethnies du pays, des "hymnes pastoraux des gardiens de troupeaux sahéliens" aux "ballades polyphoniques des Wodaabes". La cassette fut repiquée à très peu d'exemplaires mais la musique de Mammane Sanni est vite devenue un trésor national par les airs puisqu'utilisée en jingles ou accompagnements sonores, elle est connue de tous les Nigériens élevés pendant 80. Pendant une courte période, "le grand pianiste" Mammane eut même sa propre émission de télévision, "Mammane Sani et son orgue électronique", qu'on payerait assez cher pour voir un extrait.
Mark Broom: Two
Olivier Lamm
Internet est en train de nous rendre chèvres. A la moindre explosion, à la moindre réédition fabuleuse, le Détective à 1000 têtes reprend du service pour nous perdre dans un labyrinthe de doutes. Et le pire c'est qu'on ne doute plus parce qu'on devrait, mais juste parce qu'on peut.
Les attentats de Boston sont un coup monté pour décridibiliser les gens du Tea Party. L'inédit dingue d'Iueke dont on vous parlait la semaine dernière n'a pas vraiment été enregistré en 1992. Cette page discogs du maxi de 2002 où figure la version originale du "Two" de Mark Broom est un fake ourdi par Token, le petit label belge qui fait semblait de le rééditer et qui en veut à votre porte-monnaie. Tout le monde sait bien qu'en 1992 et en 2002, les producteurs techno étaient une bande de singes primitifs tout juste capables de percuter des gros silex ensemble pour faire des gros beats à danser défoncés aux TAZ (rien à voir avec votre MDMA moderne, Mademoiselle). Et Mark Broom, AKA le seul mec au monde à avoir osé sortir un album de minimal titré Acid House n'est pas ce génie industrieux qui, avec à peu près 300 sorties à son actif dont une grosse pile en collaboration avec Baby Ford, Dave Hill ou Plaid, a révolutionné la musique électronique anglaise à tout jamais. Non.
IUEKE: ALECOT
Olivier Lamm
Quand Quentin Zaltan a révélé au Monde de 2012 l'existence des faramineuses Tapes de jeunesse du digger Gwen Jamois, on les a justement trouvées si faramineuses qu'on accordait un peu du mérite du miracle au travail de tri et d'editing effectué par le boss d'Antinote, oreille attentive et exercée s'il en est. Surtout, on pensait la source miraculeuse tarie pour de bon. On se trompait! Malin, Zaltan restait mystérieux sur la suite et à l'écoute d'Alecot, ouroboros techno de presque 22 minutes mais qu'on n'aurait aucun regret à entendre durer 40 de plus.
Reconnaissons tout de même pour faire notre travail critique que l'effarement est un chouilla moindre: quand les premières Tapes lorgnaient avec trois ou quatre ans d'avance sur les travaux grinçant et novateurs de Speedy J, Mark Broom ou Cristian Vogel, cet "Alecot" de 1992 (1992!) évoque plus "sobrement" un prolongement des minimalistes de Detroit ou, un an à l'avance, les premiers Basic Channel, ceux qui faisaient mine de vous bastonner la gueule avant de vous perdre dans le maelstrom. Les gens de Juno décryptent du pre-Actress dans les matières et les patterns des percussions, on y entend aussi du pré Villalobos pour les effets produits et l'entêtement.
The Young Gods: Live at Fri-Son 1987
Olivier Lamm
The Young Gods est un groupe insaisissable. Affilié à l'indus pour son usage extensif du sampler, débarqué d'une nation surtout connue pour ses légions metal extrême (Celtic Frost, Hellhammer, Coroner), le groupe de Franz Treichler a également donné dans les simili pop songs, le bruit pur ou les odyssées ambient - comme Severed Heads, Psychic TV et la plupart de ses congénères bâtisseurs de la musique industrielle me direz-vous.
Mais derrière les déluges d'abstraction, les paroles baudelairiennes et la référence à Swans (oui, le nom du groupe est un hommage au mini-album le plus bruyant du groupe de Gira & co.), les Youngs Gods ont surtout infusé la frange metal de l'indus et la frange indus du metal: Faith No More, KMFDM, la deuxième vie Ministry, la myriade de groupes chelous de Devin Townsend... Autant de groupes à guitare en graphite et cheveux gras qui ont tous un peu caricaturé l'esthétique compliquée du groupe fribourgeois en n'en retenant que les boucles de bruits et l'esthétique machine-outils. Car à bien des égards, le blueprint originel des Young Gods première période était bien plus extrême et dissonant que 90% du metal indus qu'il a fait naître.
Ü: Great Dose of Monotonous Techno
Olivier Lamm
Vous vous rappelez des Tapes de Iueke, ces tracks dingues de techno grinçante sorties du placard par Quentin "Zaltan" Vandewalle en janvier dernier pour inaugurer son Antinote de label? Enregistrées pour de vrai à l'orée des années 90, elles semblaient tellement proches des considérations esthétiques de notre temps qu'on humait presque le canular.
Dans le cas de Ü, c'est presque la même histoire: une soi disant excavation qui résonne trop fort avec l'esprit du temps pour avoir l'air honnête. Ne serait-ce la page discogs de Börft Records et le vague souvenir que j'ai d'avoir lu le nom du label dans un numéro d'Octopus en l'an 2000, j'aurais sans doute conclu à une nouvelle fiction ourdie par les gens de Digitalis, coutumiers du fait (cf. le superbe album du pseudo océanographe Jürgen Müller, supposément "redécouvert" il y a deux ans avec la belle histoire pour enrober).
Suzanne Ciani: Seven Waves
Olivier Lamm
On s'est déjà épanché sur le cas de la petite pionnière Suzanne Ciani il y a quelques mois, à l'occasion de la sortie sur Finders Keepers d'une formidable (que dis-je, indispensable) anthologie de ses jingles et bruitages pour la télévision et l'entertainment de masse. La tête entre trois photos de synthés modulaires Buchla (sa stratocaster à elle), on vous re-résumait promptement ses divers faits de gloire hagiographiques du point de vue du fétichiste praticant du synth porn, occultant par là 87% de ce qui fait sa renommée et 72% de sa vraie carrière: la musique new-age, les récitals à Dubaï, les disques au piano pour faire l'amour avec des dauphins.
Jean Pierre Mirouze : Le Mariage Collectif
Frédéric Gendarme
D'après ce qu'en disent Internet et JB Wizz lui-même, Le Mariage Collectif est une curiosité totale du cinéma post-hippie des années 70 qui ne mérite même pas qu'on fasse l'effort de la télécharger illégalement. Pour sa b.o., c'est une autre affaire. Dénichée dans une décharge par le D.A. de Born Bad, cette oeuvre mineure de Jean-Pierre Mirouze alias Jean-Pierre Guigon (et futur Jean-Pierre Sabar au sein du supergroupe French disco Arpadys) est, à nos oreilles vintage addict de 2012, une sucrerie délicieuse. Mais pour cause de ressortie au beau milieu de l'été, quand tout le monde a le dos tourné, on était passé à côté. On se rattrape sans état d'âme et, une fois n'est pas coutume, on laisse la parole à JB lui-même, parce qu'on ne voit pas vraiment ce qu'on pourrait ajouter à sa lumineuse présentation.
Jean Piché: Heliograms
Olivier Lamm
Longtemps enfoui sous une foultitude d'autres incunables oubliés de la musique synthétique du début des 80s, Heliograms se distingue d'abord par ses attributs techniques (à l'époque) rutilants puisqu'il fut conçu sur quelques-unes des stations de recherche synthétique numérique les plus avancées de son temps: la Samson Box de Peter Samson et le système POD de Barry Truax, deux machines barbares super tricardes à utiliser et boostées au nec plus ultra de l'informatique de l'époque.