Avouons-le d'emblée: s'il y a un sous-courant de la musique électronique qu'on ne s'attendait pas à voir gigoter de sitôt, c'est bien le dark ambient. Tombé de la cuisse de la musique industrielle au coeur des années 80, le genre a certes des maîtres aux oeuvres complètes passionnantes (Lustmord, Rapoon, Zoviet France...) mais se traîne un cortège de casseroles de l'envergure d'un compte secret aux îles Caïmans (cf. les logos semi-fachos, les artworks gothiques, les sites encyclopédiques russes) . Encore une fois, on applaudira donc le miraculeux décloisonnement entre les dynasties techno, noise et indie wock pour passer nos idées reçues au karscher: plus la peine de collectionner les bouteilles d'absinthe ou de connaître par coeur la chronologie des Croix-de-Feu pour apprécier un bon drone noyé dans de la reverb'.
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".Saåad/Insiden: Split
Olivier Lamm
Xiu Xiu & Eugene S. Robinson: Sal Mineo
Olivier Lamm
Oh le joli bonbon au poivre que voilà! Le joli coussin d'épingles! La jolie vierge de Nuremberg! On aurait bien sûr été bien mal avisé d'attendre du rose et de la pop d'une rencontre entre Jamie Stewart le serial doloriste et Eugene S. Robinson le fight-clubber; mais à bien des égards, Sal Mineo est bien plus rétif, ardu et hardcore que tout ce qu'on pouvait imaginer. Présenté comme un bon death trip des familles, c'est surtout un compendium de cruautés, un cahier de "crimes soniques" d'autant plus dangereux pour le moral et les oreilles qu'il glisse aussi des moments de délice dans les interstices.
The Young Gods: Live at Fri-Son 1987
Olivier Lamm
The Young Gods est un groupe insaisissable. Affilié à l'indus pour son usage extensif du sampler, débarqué d'une nation surtout connue pour ses légions metal extrême (Celtic Frost, Hellhammer, Coroner), le groupe de Franz Treichler a également donné dans les simili pop songs, le bruit pur ou les odyssées ambient - comme Severed Heads, Psychic TV et la plupart de ses congénères bâtisseurs de la musique industrielle me direz-vous.
Mais derrière les déluges d'abstraction, les paroles baudelairiennes et la référence à Swans (oui, le nom du groupe est un hommage au mini-album le plus bruyant du groupe de Gira & co.), les Youngs Gods ont surtout infusé la frange metal de l'indus et la frange indus du metal: Faith No More, KMFDM, la deuxième vie Ministry, la myriade de groupes chelous de Devin Townsend... Autant de groupes à guitare en graphite et cheveux gras qui ont tous un peu caricaturé l'esthétique compliquée du groupe fribourgeois en n'en retenant que les boucles de bruits et l'esthétique machine-outils. Car à bien des égards, le blueprint originel des Young Gods première période était bien plus extrême et dissonant que 90% du metal indus qu'il a fait naître.
Papaye: Tennis
Ophélie Livert
Le premier truc qu'on remarque quand on prend le joli digipack de Tennis entre les mains (enfin le deuxième, après la simili Ségolène grimée en Jennifer Capriati et le chienchien priapique sur la pochette), c'est la tête des trois clampins peignés de près en photo à l'intérieur (cf. ci-contre).
Outre le fait que les membres du fanclub de Pneu se baveront tous dessus d'y découvrir un JB Geoffroy dénué de tout pelage facial, on comprend surtout à la vue de ces imprimés fleuris et visages rasés de frais que Papaye n'est pas qu'une histoire de mesures impairs et de riffs de Telecaster compliqués. Derrière les ruptures, les unissons tapping/caisse claire et l'abstraction, il y a trois cerveaux très particuliers qui débordent d'idiosyncrasies et de très étranges idées.
Papier Tigre: 7"
Olivier Lamm
Tous les fans de Shellac vous le diront, tous les 45 tours sortis par le trio de Chicago sont des must-have de leur discographie: les pochettes démontent, le carton est presque aussi épais que celui des LP et quasi tous les inédits sont des classiques (ceux qui ont déjà vu Albini, Weston et Trainer faire l'avion sur le fabuleux "Wingwalker", dont la version studio se trouve en face B de l'Uranus EP, savent de quoi je parle).
Sans trop d'efforts, j'imagine donc que le fait de sortir un 45 tours sur un label de Chicago (Sickroom Records) a quelque chose d'une consécration intime pour Papier Tigre. Fans évidents de Shellac (certes en même temps que de quelques autres groupes importants), les trois gars n'ont jamais été pris la main dans le sac d'en photocopier précisément le moindre plan mais comme quelques autres speciments de leur famille (Ch
Dorian Pimpernel: Teorema
Olivier Lamm
Il y a plus de virages, de détours et de références dans les deux morceaux de ce quarante-cinq tours que de rues dans une grande capitale. Il y en a tellement en fait, que le journaliste même appliqué, même érudit pour de vrai est obligé de se casser les dents. Pourtant il ne peut pas s'en empêcher, le journaliste, il cherche les parents comme il cherche les instruments rares: Syd Barrett, Lewis Carroll, un clavecin ancien, Morricone-Nicolai-Umiliani-Cipriani, une vraie cabine leslie, les Beatles, une pile de synthés russes et Broadcast à l'époque bénie des deux premiers albums, quand la musique du groupe était un conglomérat intarissable de références embarquées sur le dos d'autres références.
Cyclopean : EP
Olivier Lamm
Parmi les nouveautés discographiques dont il nous est un peu compliqué de parler sur ces pages, il y a ce coffret de Miles Davis qui vient de sortir et qui donne à entendre pour la première fois de l'histoire le "lost band" de la Grande Ere de transition 1969-70, avec Chick Corea au piano électrique, Wayne Shorter au sax ténor et au soprano, Dave Holland à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie. Dans la mesure où c'est le disque le plus excitant que j'ai écouté cette semaine et que la seule raison pour laquelle je m'abstiens de vous en parler est qu'il faut bien poser des barrières quelque part, c'est un peu frustrant. Heureusement pour tout le monde, il y a eu les années 60 et, au hasard, ce groupe de rock marxiste allemand qui a eu la bonne idée de décider que les barrières, ça commençait à bien faire; c'est entre autres grâce à Can, donc, que je peux vous parler aujourd'hui de jazz électrique en loucedé.
Steve Bug
Raudive: Obsession EP
Olivier Lamm
Une basse slappée, une cocotte de Stratocaster, des hullulements vaudou et une caisse claire de 1986 qui pèse 4 tonnes: le morceau-titre du nouveau Raudive me fait penser à deux trucs, le premier morceau du premier I:Cube et "Batdance". Comme quoi, Olivier Ho est un garçon imprévisible.
Crackboy: Apes (UPDATE)
Olivier Lamm
Donc je vous résume mon petit exercice de ce matin: je dois vous parler de "Apes" et vous pondre un laïus sur la convergence forcément formidable de conditions plus ou moins favorables, de lignes de forces, de grandes idées théoriques et de sauvagerie qui a abouti à son émergence, tout ça sans rien vous révéler de l'identité cachée de son démiurge de producteur quand bien même je la connais très bien et en étant bien conscient du fait qu'elle constitue un secret de polichinelle pour la plupart des gens du "milieu" qui ne manqueront pas de ricaner en lisant cette notule s'ils croient que je ne suis pas dans le secret des dieux.