"Le Blackout n'était qu'un début. Ensemble, nos sites et nos réseaux peuvent mobiliser la planète pour défendre l'Internet contre les lois néfastes et les monopoles".
C'est avec ces termes simples et oecuméniques que l'autoproclamée Ligue de défense de l'Internet prendra ses fonctions dès le 19 juillet prochain. Emanation de Fight for the Future, collectif mené par l'activiste Tiffiniy Cheng aussitôt déclaré ennemi d'état par la RIAA et la Motion Picture Association of America, la Ligue n'a ni corps ni leader mais d'ores et déjà une lourde mission sur les épaules: accompagner dans la douceur et la concertation la lame de fond de problèmes pratiques, théoriques et idéologiques soulevée par le changement radical de paradigme culturel et médiatique engrangé par la présence au quotidien de la moitié de l'humanité sur Internet.
Les ennemis désignés sont les acteurs du monde d'avant, les "institutions retranchées" et les lobbyistes, les futurs alliés sont les élus politiques majoritairement incultes et "facilement confondus et corruptibles" sur le sujet et les militants sont tous ceux qui le désirent.
A l'heure où nos habitus et pratiques d'utilisateurs-médiateurs-entrepreneurs précèdent généralement nos avis idéologiques sur les problèmes qu'ils soulèvent, la contre-attaque capable de mettre à sac des initiatives comme la SOPA et la PIPA ou l'ACTA (passé à l'as, s'il est besoin de le rappeler, le 4 juillet dernier) ne peut être que disséminée et collective: "A chaque fois que l'Internet sera en danger et que nous aurons besoin du concours de millions, la Ligue demandera à ses membre de diffuser une action. Le lectorat combiné de tous nos sites et réseaux sociaux aidant, nous pouvons être considérablement plus efficaces qu'une organisation isolée". Première dans l'histoire du mouvement, l'Internet Defense League compte d'ores et déjà dans ses membres Wordpress et Reddit, deux éminentes startups militantes de l'opensource mais dont l'action est loin de se limiter à la philantropie (Reddit appartient depuis 2006 à Condé-Nast).
Sans surprise, Cheezburger, temple du meme dérivé de l'imageboard anonyme 4chan (où est né le movement Anonymous) est également de la partie. Dans un beau passage de flambeau symbolique, la maison-mère des lolcats a même fait don à la Ligue d'un mignon minois de chaton pour qu'elle en fasse son emblème et le logo du "cat-signal", signal de détresse lumineux inspiré par celui de Batman dont elle compte bien bricoler plusieurs exemplaires pour les disséminer aux quatre coins du monde (d'abord à Londres, Ulan Bator, New York et Washington).
Un appel de fonds indépendant a été mis en place pour fabriquer les cinq premiers, en vue d'une soirée de lancement prévue le même soir que la sortie nationale de The Dark Knight Rises (le film sort officiellement aux USA le 20 mais les nerds dévoués vont voir les films à minuit la veille), parce que "tous ceux qui ont participé à la lutte contre SOPA, PIPA et ACTA cette année sont les véritables super-héros de notre monde". Quant à tous ceux qui frémiraient déjà à l'idée d'une éventuelle collusion d'intérêt entre l'IDL et la Warner qui sort le plus gros blockbuster de l'année, ils peuvent se rassurer puisque Batman est ici cité en toute illégalité comme pursymbole pop et qu'aucun centime ne sera reversé à DC Comics: "Bien sûr, la multinationale qui sort le film a des projets bats$%&# crazy pour le future de notre internet et ils ont même donné un petit rôle à un sénateur pro PIPA dans le film. Mais Batman? Il déchire".
De là à penser qu'il puisse exister un quelconque lien entre les nerds qui lisent des comics, internet et les ordinateurs, il y a un fossé qu'on se refuse bien entendu à franchir. Mais la vraie question qui tue demeure: le premier qui téléchargera un screener du film via The Pirate Bay fera-t-il capoter tout le projet et précipitera-t-il l'internet libre dans le chaos et les flammes? Tout va-t-il vraiment s'embraser?
The Internet Defense League
L'IDL sort de sa tanière le même soir que le nouveau Batman. Il y a un lien.
Les Disques des Brocantes: Belleville (75020)
Les Disques Brocantes
Les brocantes et vide-greniers, je les fréquente depuis un bail. Mais je n’y cherche plus de disques. Ou alors, très mollement. J’ai beaucoup donné, notez bien. Surtout au tournant des années 90/2000. Mais très peu pour des disques de rock. Il y avait eu la parution des deux tomes d’Incredibly Strange Music chez Re/Search, deux bouquins qui ont largement contribué à la vague exotica/easy listening/Moog chez ceux qu’on n’appelait pas encore des hipsters à l’époque. Et c’est peu dire que j’ai plongé. En ramenant de cette pêche aux musiques déconsidérées – ou jamais considérées sérieusement – de vraies merveilles comme des canards boiteux (surtout à cause de leurs pochettes ; que celui qui n’a jamais craqué sur un James Last pour la barbe bien peignée du chef d’orchestre allemand me jette le premier Teppaz). Pour dire, j’ai été jusqu’à acheter une compilation de Heino, le roi du schlager. Mais au bout d’un moment, j’ai eu l’impression d’avoir fait un peu le tour de la question. Et les vinyles finissent par sérieusement encombrer.
Holograms: Holograms
Olivier Lamm
Au départ, Holograms, c'est trois fois rien: quatre branleurs de la conurbation autour de Stockholm qui font du garage entre les sessions de zone sur le parking du 7-Eleven et qui n'ont jamais une krona dans la poche parce que le boulot dans la scierie locale, ça va bien, merci.
Mais voilà qu'à force de trimer dans la cave et de jouer gratos dans les facs suédoises ou à l'Espace B, les gamins ont commencé à façonner avec leurs mains des vraies petites merveilles d'urgence et d'empathie, presque comme si la musique qu'ils jouaient (un agrégat bien compact de working class punk gueulard, de garage haut le menton et de new wave re-glacée trois fois dans un cryoconservateur) avait été inventée avant hier. Remontez donc un peu l'historique de notre couverture du groupe, et vous y lirez l'évolution d'une infatuation certes circonspecte (la faute à 2012) mais rarissime dans nos pages: dans le plus vieux post, David Pais disait "ça promet pas mal de choses interessantes pour l’avenir" et dans le plus récent, il utilisait l'expression "potentiellement génial".
Cooly G: Playin Me
Olivier Lamm
Et la question à 12.000 £ du jour est la suivante: qu'est-ce qui différencie un bon disque d'urban music anglaise d'un étron lounge? Dans les sons des pads, les tempos et la longueur de la reverb, pas grand chose; dans l'essence, c'est le jour et la nuit, la face A et la face D, le crypto-anarchisme et la Génération Y. C'est un truc délicat et particulièrement difficile à expliquer sans avoir recours à un Bottin de la dance music londonienne depuis 1989, une quarantaine d'exemples audio triés sur le volet et une bonne dose de pédagogie pas trop pédante, surtout dans le cas où vous vous retrouvez face à un allergique viscéral qui, à peu près traumatisé par l'écoute de l'album de DVA, vous cite en épouvantail le souvenir de quelque compilation du label Pussyfoot.