Bien sûr tout le monde a déjà bossé avec Lee "Scratch" Perry, y compris Andrew WK, les Beastie Boys ou Sasha Grey, et on ne peut pas vraiment dire que la musique moderne en soit jamais vraiment sortie grandie. En même temps, c'est comme pour les clips à la Die Antwoord, personne l'oblige.
Dans le cas de The Orb (et au contraire de, disons, Peaking Lights), il ne viendrait à l'esprit d'aucun mélomane d'accuser Alex Paterson et Thomas Fehlmann de céder aux sirènes de la mode: le dub fait partie au moins pour un tiers du code génétique du groupe de Paterson depuis la première milliseconde de sa création, et l'on sait les sublimes mutations que Fehlmann a fait subir au genre sur ses disques solo (tous formidables, dude). Surtout, on parle de plus qu'un featuring en passant pour faire joli sur MTV puisqueThe Observer in the Star House, qui sort en septembre dans tous les formats possibles et imaginables, est un album entier chanté par l'Upsetter dans son intégralité.
Dans le cas de ce premier track au titre évocateur, il est construit sur une boucle fehlmannienne assez typique et c'est pas illico la révolution mais David Pais m'a dit l'avoir entendu djetté par quelqu'un de bien, et j'imagine sans effort le petit ouragan de moiteur tropicale qu'il doit invoquer sur la piste quand il est joué au bon moment.
Sinon le clip est super moche est super chouette, puisqu'il ressemble à un vieux clip de, euh, The Orb.
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De la techno premier de la classe mais super belle et super incarnée.
02.07.2012, Olivier Lamm
Du fossé toujours mystérieux qui sépare les bons disques techno et les triviaux, ceux dont chaque placement de cymbale vous prend aux tripes et ceux dont chaque coup de kick a l'air un peu plus banal que le précédent.
Pour une raison qui nous échappe plutôt, les albums qui paraissent sur Ostgut Ton nous semblent par exemple tous émerger d'un endroit de soif et de passion plutôt que de ce lounge d'aéroport vulgaire et mal décoré où les DJs pressés bricolent à la va-vite des kilomètres de tech-house sans vie pour vendre leurs services un peu plus cher aux boîtes de nuit. La faute au Berghain et au Panorama Bar, ce double haut-lieu devenu iconique de la dance qu'on prend au sérieux et dont le label est une émanation? Ou serait-ce que ses moines-soldats Marcel Dettmann et Ben Klock prennent effectivement tellement à coeur l'objet techno que leurs disques nous mettent à terre jusque dans leur dogme et leur sévérité? Une chose est sûre, le fabuleux One de Ben Klock rend tous les disques qui sortent sur Ostgut Ton un peu meilleurs qu'ils ne le sont en vérité. Mais du moment qu'un maxi fait battre le coeur un peu plus vite, on se fiche bien de savoir s'il faut mettre en cause la joliesse des nappes ou la couleur du macaron.
Où il est question de Las Vegas, de déchets radioactifs et de l'essence compliquée de la vérité.
29.06.2012, Olivier Lamm
John D'Agata est journaliste. John D'Agata est écrivain. John D'Agata est essayiste. Ses livres font déborder trois disciplines à la fois, l'essai, l'enquête et le récit de fiction. Sa zone de confort, on la trouve pliée en 24 à la jonction qui unit et sépare les trois; son sujet de prédilection est le Fait, mais il n'aime rien tant d'autre que de le disséquer en tranches fines pour remonter les restes dans le désordre, lui faire subir toutes les greffes possibles et imaginables, salir son honneur et saccager le socle sur lequel il se tient habituellement dans toute sa suffisance et toute son arrogance.
En tant que grouillots glâneurs d'Internet, filmeurs et monteurs d'images et, par intermittence, journalistes, on doit dire que ça nous intéresse beaucoup: qui ose encore, dix-huit après la mort de Debord, des décennies de dissipation de l'éthique des cultural studies et le recours systématique au storytelling dans la prise de parole politique, interroger encore ce que l'on fait aux faits quand on prétend les livrer en l'état malgré l'écriture, le montage, l'anglage, la réflexion?
De l'acid music branlos et pas trop mal branlée, qui a au moins le mérite de ressembler à rien.
28.06.2012, Olivier Lamm
Dans les milieux autorisés (= sur le site de Boomkat) on qualifie la musique de Sfv Acid de "post anything". Ce qui peut vouloir dire deux chose: a) qu'avant, elle ne ressemblait à rien et qu'aujourd'hui elle ressemble à ce qui suit ce rien sur le chemin du néant ou que b) elle se définit en relation avec un informe dont elle serait un succédané dialectique. Il est vrai qu'à l'écoute, la musique du Californien Zane Reynolds ressemble moins à la somme des détails qu'on peut y reconnaître (un pattern de boîte à rythmes célèbre, une bassline sympa) qu'à une grosse soupe trop cuite dont les différents ingrédients ont depuis longtemps abandonné leur dignité de légume.
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